Le plus grand problème des Européens pourrait bien être le plus méconnu. Lorsqu’ils se retrouveront, dans un peu plus d’une heure, à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union devront tenter de donner vie à ce gouvernement économique européen qu’ils ont décidé de constituer. Ils devront, autrement dit, tenter une ébauche de coordination de leurs politiques économiques non pas à 16, les pays de l’euro, comme l’aurait souhaité la France, mais tous ensemble, à 27, comme l’a voulu l’Allemagne. Ils vont parler rigueur, pacte de stabilité et nouvelles technologies. Bien que ce ne soit pas à l’ordre du jour, ils parleront, également, de l’Espagne dont les problèmes financiers s’accroissent et pourraient, bientôt, dominer l’actualité mais la vraie difficulté des Européens, la mère des difficultés, sans doute, est leur âge. En 1950, l’âge médian des Français était de 34 ans, ce qui signifie qu’une moitié d’entre eux avait moins que cet âge et l’autre plus. La France était un pays jeune, comme l’étaient alors, au nord, au sud et à l’est, l’Allemagne, l’Italie ou la Pologne. Cette année, en 2010, l’âge médian des Français est de 40 ans, celui des Allemands de 44 ans, celui des Italiens de 43 ans, celui des Polonais de 38 ans contre 26 en 1950. Non seulement les Européens ont beaucoup vieilli mais ils vont devenir encore plus vieux car en 2030, demain, l’âge médian des Français sera de 43 ans, celui des Allemands de 49 ans, celui des Polonais de 46 ans et celui des Italiens de 50 ans. L’un dans l’autre, une moitié des Européens a d’ores et déjà passé 40 ans et en aura 50 et plus sous 20 ans. Rien d’étonnant donc à ce que leur plus grand sujet de préoccupation, pas seulement en France, soit la retraite mais cet âge de l’Europe détermine aussi beaucoup de ses attitudes. Passé la quarantaine, la plupart des gens ont passé le cap des grandes ambitions, renoncé à changer le monde, à le conquérir ou à ne pas vivre, au moins, comme la génération d’avant. A ce tournant, l’horizon se rétrécit. On commence à aimer les repères, la sécurité d’une stabilité politique, la tranquillité d’un environnement connu. A cet âge, il y a moins de disponibilité pour l’aventure et cette réalité démographique n’est certainement pas pour rien dans ce repli d’une Europe plus sensible aux inconvénients de la mondialisation qu’à ses avantages, de plus en plus hostile à son élargissement, de plus en plus rétive, aussi, au dépassement des cadres nationaux par la construction d’une Europe politique, de plus en plus attachée, au contraire, à ses Etats nations et même à ses régions dont l’émergence – voire les Flandres ou l’Italie du Nord – reflète bien la montée des égoïsmes et de la crainte de l’autre. Comme on a l’âge de ses artères, l’Europe a celui de ses citoyens et, tandis que nous vieillissons, l’âge médian du Nigéria, géant pétrolifère de l’Afrique, est de 18 ans, celui des Etats-Unis de 36, celui de l’Inde de 25, celui du Brésil de 29, celui de l’Iran de 27, celui de la Chine de 34. Le reste du monde a la jeunesse perdue d’une Europe qui, aujourd’hui, se barricade au lieu de s’ouvrir et compte ses sous au lieu d’investir.

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