Ce peut être un chaos créateur ou un chaos tout court. Nul ne le sait encore mais la certitude est que l’amplification de la crise grecque devient réellement inquiétante pour l’ensemble de l’Europe et, par ricochet, de l’économie mondiale. Si l’Union européenne, épaulée par le Fonds monétaire international, ne parvenait pas à rapidement stabiliser la Grèce, c’est leur capacité à soutenir le Portugal et l’Irlande qui seraient mise en doute. Les taux d’intérêt auxquels ces pays empruntent reprendraient aussitôt leur envol. Ils entraineraient presque automatiquement à la hausse les taux demandés à l’Espagne qui n’est pas non plus en grande forme et ce serait alors la catastrophe car l’économie espagnole étant aussi importante à elle seule que les économies additionnées de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal, l’Union européenne et le FMI ne seraient plus à même de redresser la situation sans se heurter à des blocages politiques. D’autres continents, autrement plus pauvres que l’Europe, demanderaient pourquoi le Fonds dont ils font partie ne fait pas autant d’efforts pour eux que pour l’Union européenne, l’une des deux plus fortes économies du monde avec les Etats-Unis, tandis que les opinion publiques des plus riches des pays européens demanderaient, elles, pourquoi leurs gouvernements aident des pays qui n’ont pas su gérer leurs finances alors même que l’heure est aux restrictions budgétaires dans toutes les capitales. « Vous avez aimé la crise de la dette privée, vous allez adorer la crise de la dette publique », me disait récemment un haut responsable européen et cette sombre prédiction s’avère de jour en jour. Il y a urgence. L’incendie menace mais aucun plan de stabilisation de la Grèce ne semble maintenant pouvoir être mis en œuvre avant septembre car, France et Allemagne en tête, les Européens sont profondément divisés sur ce qu’il faudrait faire. En butte à une opinion, une presse et une classe politique qui n’ont nulle envie de faire des sacrifices pour la Grèce, Angela Merkel souhaiterait que les banques et non pas les seuls contribuables participent à ce sauvetage. Tout lui donne raison puisque les banques auraient dû et pu peser leurs risques avant de prêter à Athènes et qu’il n’y a aucune raison, moralement parlant, que les Etats utilisent l’argent public pour parer les conséquences de la cécité des banquiers et préserver leurs bénéfices. L’Allemagne a raison, sauf que les banques ne sont que le réceptacle de l’épargne d’entreprises, de caisses de retraite et de particuliers qui cherchent à faire fructifier leurs avoirs en sécurité et que, si les pouvoirs publics européens les faisaient passer à la caisse, l’argent en conclurait que l’Europe n’est plus sûre et qu’on en arriverait ainsi au scénario de la catastrophe, celui de l’envolée des taux et de la contagion européenne puis internationale. C’est pour cela que la Banque centrale européenne et la France ne veulent pas d’une restructuration déguisée de la dette grecque par l’appel aux banques et c’est ce différent, ce vrai débat, qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy vont tenter de trancher aujourd’hui à Berlin. Ou bien l’Europe surmonte cette crise en se dépassant ou bien sa crise financière devient politique.

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