C’est désormais officiel. Les Etats-Unis, et c’est John Kerry, leur secrétaire d’Etat, qui l’a déclaré hier, souhaitent engager des discussions avec l’Iran sur les moyens d’empêcher l’Etat islamique en Irak et au Levant de modifier les frontières proche-orientales en pérennisant son emprise sur les territoires dont il s’est assuré le contrôle le long de la frontière syro-irakienne.

Pourquoi pas ? Très bien. Parfait a priori puisque, sur le papier du moins, la plus grande puissance du Proche-Orient et la plus grande puissance du monde pourraient en effet venir aisément à bout de ce groupe dont le fanatisme est tel que même al Qaëda s’en est distancé. L’Iran chiite pourrait mobiliser ses très nombreux relais dans la communauté chiite irakienne pour l’organiser contre des fanatiques sunnites que les ayatollahs exècrent autant qu’ils les exècrent. Les Etats-Unis pourraient, eux, utiliser leur aviation et leur renseignement pour appuyer une contre-offensive coordonnée des chiites iraniens et irakiens.

Face à une coalition aussi puissante qu’inattendue, l’Etat islamique ne ferait pas le poids. La menace de l’inscription d’un jihadistan sunnite sur la carte du Proche-Orient en serait vite écartée mais le problème est qu’une telle opération ne s’improvise pas et qu’encore faudrait-il, pour la mener à bien, que les négociations sur le nucléaire iranien aboutissent sans plus tarder et que les chiites d’Irak et d’Iran sachent proposer aux sunnites irakiens un modus vivendi de long terme.

Or le fait est que, même s’il n’est pas impossible qu’elles le soient un jour, aucune de ces deux conditions n’est encore remplie. Il ne s’agit là que d’une idée caressée par Washington et Téhéran, d’un rêve commun d’action commune contre cet ennemi commun que constituent ces nouveaux jihadistes aussi inquiétants pour les Etats-Unis que pour l’Iran mais, entre le rêve et sa réalisation, il y a beaucoup d’obstacles à surmonter et une longue route à faire.

Pour l’heure, cette situation est bloquée, gravement, profondément et tragiquement bloquée. Le nouveau jihadisme va continuer à s’ancrer sur ses territoires syriens et irakiens. Profitant de la fureur de la communauté sunnite d’Irak qui ne pardonne pas aux chiites de les avoir écartés de toute responsabilité et de la complaisance, aussi, que le pouvoir syrien lui manifeste afin d’en faire un très commode épouvantail, l’Etat islamique va continuer de marquer des points, sauf…

Sauf si les démocraties se décidaient enfin à armer l’insurrection démocratique en Syrie et à œuvrer, éventuellement avec l’Iran, au remplacement du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Cela changerait alors tout. Les nouveaux jihadistes auraient à faire face, en Syrie, à des adversaires faisant désormais le poids. Débarrassés d’un chiite dont l’intransigeance les a rapprochés de l’Etat islamique, les sunnites irakiens pourraient intégrer une nouvelle coalition susceptible d’opposer une unité nationale aux nouveaux jihadistes et l’Etat islamique en serait affaibli sur ses deux fronts, syrien et irakien.

La partie n’en serait pour autant pas gagnée mais, au moins, ne serait-elle plus injouable.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.