Ce n’est pas la crise de Cuba. On n’est pas au bord d’un affrontement nucléaire entre Américains et Russes mais l’affaire ukrainienne, ce feu qui ne s’éteint pas au cœur de l’Europe, devient chaque jour moins maîtrisée et plus inquiétante.

Dernier épisode en date, Vladimir Poutine vient d’annoncer hier le déploiement cette année de plus de 40 nouveaux missiles balistique intercontinentaux capables de « résister, a-t-il précisé, aux systèmes de défense anti-aériens les plus sophistiqués ». Dans le langage de la guerre nucléaire, « intercontinental » signifie à même de frapper d’un continent à l’autre et de frapper, en l’occurrence, les Etats-Unis. Vladimir Poutine vient, autrement dit, de décider un renforcement des moyens russes visant directement les Etats-Unis et cela au moment même où son pays va se doter d’un nouveau sous-marin nucléaire et double son budget militaire par rapport à 2010.

Cette annonce fait suite aux informations publiées le week-end dernier par le New York Times sur la préparation d’un déploiement d’armes lourdes américaines dans les pays de la frontière orientale de l’Otan. Les Etats-Unis voudraient ainsi rassurer les Pays baltes et la Pologne sur leur volonté de les défendre au cas où la Russie pénétrerait plus avant en Ukraine et l’on se trouve ainsi dans ce qu’il faut bien appeler un engrenage qui remonte en fait à l’éclatement de l’URSS.

A l’époque, les Américains s’étaient informellement engagés à ne pas étendre l’Otan vers les frontières russes. Cette promesse n’avait pas été tenue car les pays sortis de l’orbite soviétique ou, comme les Pays baltes, de l’URSS elle-même invoquaient leur souveraineté retrouvée pour pouvoir bénéficier du parapluie américain face à une Russie dont ils craignaient qu’elle ne veuille, un jour, prendre sa revanche. Est-ce que leur crainte était justifiée ou est-ce, au contraire, leur entrée dans l’Otan qui a fait naître la volonté russe de remettre la main sur l’Ukraine et la Géorgie ? C’est tout le débat.

Il est à peu près aussi impossible à trancher que celui de la poule et de l’œuf mais le fait est qu’on est maintenant dans une situation où la volonté de la Russie de prévenir tout nouvel élargissement de l’Otan la conduit à une telle agressivité vis-à-vis des anciennes Républiques soviétiques devenues indépendantes que cela nourrit des peurs aujourd’hui fondées, indiscutablement fondées, qui conduisent elles-mêmes les Etats-Unis à renforcer les moyens militaires de l’Alliance atlantique au frontières de la Russie qui développe, en conséquence, ses capacités nucléaires.

C’est un jeu dangereux et d’autant plus absurde que les crises proche-orientales - le nucléaire iranien, le drame syrien et les avancée de l’Etat islamique - requerraient, au contraire, un rapprochement américano-russe indispensable à leur solution. Ce n’est pas Cuba mais ça n’en est pas moins grave.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.