Quelque deux millions de personnes ont manifesté hier, malgré le retrait la veille du projet de loi contesté. Les manifestants réclament le départ de la dirigeante du territoire, un défi majeur pour Pékin.

Près de deux millions de manifestants hier à Hong Kong, du jamais vu dans ce territoire rattaché à la Chine mais bénéficiant d’un statut d’autonomie.
Près de deux millions de manifestants hier à Hong Kong, du jamais vu dans ce territoire rattaché à la Chine mais bénéficiant d’un statut d’autonomie. © AFP / HECTOR RETAMAL / AFP

La manifestation d’hier à Hong Kong restera dans l’histoire. Jusqu’à 2 millions de personnes dans les rues du territoire, soit près de 30% de la population totale. Imaginez, à l’échelle de la France ça ferait quelque 20 millions de manifestants, c’est du jamais-vu.

Le plus étonnant est que ce rassemblement a été presque deux fois plus important que celui du dimanche précédent, alors qu’entre temps, le gouvernement local a reculé et repoussé sine die l’examen du projet de loi contesté, celui qui permettait les extraditions vers la Chine continentale. Mais la colère des Hongkongais va au-delà de cette loi : ils veulent désormais voir partir Carrie Lam, la Cheffe de l’Exécutif du territoire, qui est, de fait, la représentante choisie par Pékin.

Carrie Lam avait annoncé le retrait du projet de loi la veille de la manifestation pour tenter de la désamorcer ; puis, voyant que ça ne suffisait pas, elle a présenté hier ses excuses à la population, un geste sans précédent. Mais elle l’a fait par écrit, ce qui a fortement déplu, et on voit mal comment elle pourrait rester à son poste face à une telle déferlante citoyenne.

Le Président chinois Xi Jinping se trouvait ce weekend au Kazakhstan pour un sommet régional, et y a célébré son 66ème anniversaire en compagnie de Vladimir Poutine. 

Pékin ne commente pas la situation à Hong Kong, qui fait l’objet d’un véritable black-out en Chine continentale. Et les Chinois seraient en effet surpris d’apprendre que, dans un coin de leur pays, le gouvernement recule face à des protestations populaires. Ce n’est pas le genre de la maison, le 30ème anniversaire du massacre de Tiananmen est là pour le rappeler. Or le pouvoir chinois n'a pas été confronté à autant de monde dans la rue depuis les tragiques événements de 1989.

Mais surtout, Pékin ne commente pas pour ne pas assumer la responsabilité d’un immense fiasco politique, laissant Carrie Lam assumer jusqu’au bout. Même si, c’est vraisemblablement Pékin qui a ordonné le retrait du projet de loi, pour désamorcer cette crise embarrassante.

Si la population de Hong Kong a gagné la bataille de l’extradition, elle doit maintenant décider de la suite du mouvement. Elle peut espérer obtenir la tête de Carrie Lam, mais son successeur sera tout aussi dévoué à Pékin, c’est la logique du système.

Il est clair qu’une partie du mouvement, surtout chez les jeunes, voudrait profiter de la mobilisation pour relancer la demande de la « révolution des parapluies » de 2014 : l’élection des dirigeants de Hong Kong au suffrage universel, sans ingérence de Pékin. Ils avaient échoué en 2014, et il semble impossible aujourd’hui, vu la nature du pouvoir de Xi Jinping, qu’il accède à cette demande. 

Le face à face va sans doute s’installer durablement : d’un côté un pouvoir quasi-impérial à Pékin, qui n’entend pas faire de concessions sur son autorité non-négociable ; de l’autre une société qui a conscience que ses libertés sont menacées si elle laisse son autonomie constitutionnelle grignotée pas à pas. Ca ne laisse pas beaucoup de place pour un compromis.

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