L’Inde a annoncé la mort de 20 de ses soldats après des affrontements avec les forces chinoises, lors d’un incident de frontière dans le Ladakh. Un incident qui intervient dans un contexte géopolitique tendu.

Checkpoint des garde-frontières indiens dans le Cachemire sous contrôle indien, le 16 juin, au lendemain des affrontements sino-indiens dans la vallée de Galwan.
Checkpoint des garde-frontières indiens dans le Cachemire sous contrôle indien, le 16 juin, au lendemain des affrontements sino-indiens dans la vallée de Galwan. © AFP / Faisal Khan / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Ca s’est passé lundi soir sur le toît du monde, les hauteurs de l’Himalaya, par des températures en dessous de zéro : un face à face dans le Ladakh entre soldats chinois et indiens qui dégénère en mêlée ouverte, et fait des morts, pour la première fois depuis 45 ans ! 20 victimes du côté indien, selon Delhi, un nombre inconnu du côté chinois, des informations non-confirmées font état de 43 morts. Officiellement, il n’y a pas eu de tirs, mais des affrontements à coups de pierres et de gourdins, ce qui donne une idée de la violence pour en arriver à un tel bilan.

Les deux pays se renvoient la responsabilité de l’incident de frontière, et s’accusent mutuellement d’avoir pénétré sur le territoire de l’autre. 

Cet incident est inquiétant à plus d’un titre. D’abord, évidemment, par la taille des deux pays les plus peuplés au monde, plus de deux milliard et demi d’habitants à eux deux ; deux puissances nucléaires surarmées ; et deux pays dirigés par des pouvoirs nationalistes, soucieux de ne pas perdre la face.

Inquiétant aussi le fait que ces incidents ne surviennent pas dans un ciel sans nuages : ça fait plusieurs semaines que des foyers de tension sont signalés le long des 3.440 kilomètres de frontière, et les efforts d’apaisement n’ont pas réussi à empêcher le sang de couler. 

Dans plusieurs secteurs, cette très longue frontière est contestée. Les deux pays se sont brièvement affrontés en 1962, une guerre, la seule entre les deux géants asiatiques, qui a vite tourné à l’avantage de la Chine. Depuis, la frontière est déterminée par une ligne sur laquelle ils ne parviennent pas à s’entendre.

Mais il serait trompeur de limiter ces tensions à un simple différent de frontière. Ce serait faire peu de cas de la difficulté qu’ont ces deux immenses nations à s’entendre, et du contexte dans lequel surviennent ces incidents.

La Chine et l’Inde sont deux vieilles civilisations qui se sont longtemps fréquentées, c’est d’Inde que le bouddhisme est arrivé en Chine il y a près de deux mille ans. Puis elles se sont longtemps tourné le dos avant de tenter de renouer par le biais des échanges économiques. Mais le contexte géopolitique empêche une véritable normalisation.

La dégradation des rapports sino-américains pèse lourd en effet, car alors qu’il mène une véritable stratégie d’isolement de la Chine, Donald Trump courtise l’Inde ; il a effectué une visite officielle à Delhi en février, juste avant le coronavirus, flattant le premier ministre Narendra Modi au-delà du raisonnable. Il en profitait pour signer un gros contrat de ventes d’armes américaines à l’Inde.

Dernièrement, Trump a suggéré d’inviter l’Inde, avec la Corée du Sud et l’Australie, à un sommet du G7 élargi aux allures d’alliance anti-Pékin. Une véritable stratégie de « containment », d’endiguement, comme on disait à l’époque de la guerre froide, qui fait un retour en force.

La Chine a un sentiment d’encerclement par des pays alliés des États-Unis, qui redoutent une hégémonie chinoise en Asie. De là à voir dans les incidents de lundi un avertissement à l’Inde, il n’y a qu’un pas aisé à franchir. C’est ce qui rend ces affrontements lourds de menaces.

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