La Commission était prise entre deux feux. D’un côté, elle ne pouvait pas d’emblée proposer au Conseil européen, aux vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement, de reporter l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie. Malgré les nombreux retards qu’ont pris ces deux pays dans les adaptations que demande leur entrée dans l’Union, ils ont modifié leurs lois, se sont mis aux normes européennes et intègrent « l’acquis communautaire », l’ensemble des règles adoptées par l’Union depuis un demi siècle. Leur dire, dans ces conditions, qu’on verrait plus tard, en 2008 ou dans deux ans, eut été mettre en porte-à-faux des gouvernements qui ont bousculé bien des habitudes et des intérêts pour être au rendez-vous de 2007. C’eut été risquer de créer de l’instabilité quand l’entrée dans l’Union crée, au contraire, une stabilité bénéfique à toute l’Europe. D’un autre côté, à donner son feu vert dès hier, comme prévu, la Commission aurait risqué de se faire accuser de fermer les yeux sur des exigences qui ne sont pas encore remplies par ces deux pays, en matière, notamment, de sécurité alimentaire et de lutte contre le crime organisé. Ce sont là des sujets graves, d’autant plus sensibles que les opinions européennes sont de plus en plus mal à l’aise avec les élargissements successifs de l’Union. C’est une des grandes raisons des « non » français et néerlandais au projet de Constitution car leurs Européens veulent savoir, et comprendre, ce que seront les frontières de l’ensemble dans lequel ils réunissent leurs Etats, avec qui, et pourquoi, ils partageront les souverainetés déléguées à l’Union, qui seront, en un mot, leurs futurs compatriotes. Entre ces deux exigences, celle de la stabilité et celle de la clarté du projet européen, la Commission a donc coupé la poire en deux. Elle a donné jusqu’à l’automne aux Roumains et aux Bulgares pour accélérer leurs réformes et ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle formulera ses recommandations au Conseil. C’est sage. C’est également habile car la Commission se donne ainsi les moyens d’exercer de fortes pressions sur Sofia et Bucarest en laissant planer la menace d’un report de leur adhésion mais on ne fait là que tourner autour du pot. Le problème de l’Union n’est pas aujourd’hui que les réformes roumaines et bulgares aient pris du retard. Il est qu’elle ne dispose pas, depuis le rejet de la Constitution, d’institutions lui permettant de fonctionner convenablement à 25, demain 27 et, bientôt, plus et donc d’organiser un processus clair et démocratique de prises de décisions dans lequel les citoyens puissent se retrouver et se reconnaître. La coupure entre l’Europe et les Européens ne pourra, dans ces conditions, que s’accentuer tant que les différents Etats membres n’auront pas à leur têtes de dirigeants à même de reformuler un projet pour l’Union. Ce n’est actuellement pas le cas car la crise européenne nourrit les crises nationales qui nourrissent la crise européenne et que l’Europe est, aujourd’hui, dans un cercle vicieux.

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