Sur ce chapitre au moins, la continuité diplomatique est totale. C’est le jour même où il a raccompagné Jacques Chirac sur le perron de l’Elysée, au premier jour d’exercice de son mandat, que Nicolas Sarkozy a réaffirmé la primauté des liens franco-allemands en se rendant à Berlin sur le champ. C’était prévu puisque ni la France ni l’Allemagne ne peuvent rien l’une sans l’autre en Europe, dans l’aire institutionnelle dont dépendent leurs économies, leur influence et leur sécurité. C’était logique car l’Union, de son côté, ne peut que patiner et reculer sans l’impulsion commune de Paris et Berlin mais le temps est pourtant passé où ces deux grandes capitales décidaient seules ou presque de la marche européenne. La France et l’Allemagne doivent aujourd’hui compter non seulement avec le troisième grand de l’Union, le Royaume-Uni, mais également avec la méfiance que leur connivence suscite dans les nouveaux pays membres, sortis depuis trop peu de temps de l’orbite soviétique pour se laisser, à nouveau, dicter leur conduite. Relation privilégiée ou pas, Français et Allemands doivent compter avec ces nouveaux rapports de force européens. Vingt ans bientôt après l’unification allemande, ils ont encore à parfaire, aussi, la redéfinition d’un rapport, qualifié de « sacré » par le nouveau Président français mais qui ne peut plus être le même qu’à l’époque où l’Allemagne était toujours un pays divisé par sa défaite. Continuité ou pas, rien ne va plus de soi et un test attend maintenant les deux locomotives de l’Union. De l’aptitude qu’elles sauront ou non montrer à remettre l’Europe en marche après le rejet de son projet de Constitution dépendront à la fois leur influence future et l’avenir de l’Union. « Il y a urgence », disait Nicolas Sarkozy dès son arrivée à Berlin mais la tâche ne sera pas aisée car, logiquement, comme prévisible, ceux des gouvernements de l’Union qui sont les plus libéraux et les plus hostiles à son affirmation politique veulent profiter à plein du « non » de la France au Traité constitutionnel. Partisans d’un simple marché européen, d’une zone de libre-échange sans frontières mais également sans valeurs, sans régulations et sans projet communs, ils poussent ensemble à l’abandon des références au drapeau, à l’hymne et à la monnaie de l’Europe, du terme même de Constitution, de l’idée de doter l’Union d’un ministre des Affaires étrangères, de l’extension du vote à la majorité qualifiée et de la Charte des droits fondamentaux qu’ils voudraient faire tomber dans l’oubli. Ils n’ont pas forcément gagné mais pour contrer cette Europe a minima, la France et l’Allemagne n’ont que l’idée sarkozienne d’un mini-traité ne reprenant du projet constitutionnel que ses réformes institutionnelles et la Charte, deux choses ont aussi leur soutien, dont la Grande-Bretagne et ses amis ne veulent pas. Paris et Berlin ne sont pas seuls mais la bataille s’annonce rude.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.