Marchandages ? Donnant-donnant ? On jure que non à Paris comme à Téhéran mais il y a une certitude dans cette libération, hier, de Clotilde Reiss. C’est avant tout à Luiz Inacio Lula da Silva que la jeune universitaire doit d’avoir pu regagner la France, hier, car le régime iranien n’avait rien à refuser au président brésilien qui lui avait demandé ce geste dans le cadre de la médiation sur le dossier nucléaire qu’il paraît avoir réussi, la nuit dernière, entre les grandes puissances et la République islamique. Attention ! Le diable est dans les détails qui ne sont pas déjà connus. Comme souvent dans le passé, une déception pourrait suivre ce moment d’espoir mais retour en arrière, pour mieux comprendre ce qui se passe, en ce moment même, et pourrait, peut-être, mettre fin à ce très inquiétant bras de fer. En octobre dernier, en proie à des crises économique et politique aussi profondes et graves l’une que l’autre, l’Iran avait accepté de confier la majeure partie de son stock d’uranium à la Russie qui l’aurait enrichi à 20% avant qu’il ne soit conditionné en France pour un usage exclusivement civil et ne lui soit, ensuite, restitué. Les choses avaient vraiment bougé. Pour les années à venir au moins, l’Iran semblait avoir renoncé aux moyens de se doter de la bombe et puis, patatras, le régime iranien avait reculé, empêtré dans ses divisions. Il voulait toujours de cet accord, disait-il, mais pas comme il avait été envisagé. Il fallait aussi que ceci, que cela – bref, il n’y avait plus d’accord et ce retournement avait considérablement irrité la Russie qui avait, alors, amorcé son ralliement à l’adoption de nouvelles sanctions économiques par le Conseil de sécurité avant que la Chine ne fasse de même, dans le cadre d’une détente générale de ses relations avec les Etats-Unis. L’Iran avait réussi à se mettre à dos l’ensemble des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et c’est dans ce contexte que le Brésil et la Turquie avaient annoncé leur intention d’essayer de relancer l’accord entrevu à l’automne dernier. Le Brésil voulait affirmer par là son poids politique à l’heure où il devient un nouveau grand de la scène économique internationale. Seul pays musulman membre de l’Otan et candidate à l’entrée dans l’Union européenne, la Turquie souhaitait, de son côté, rappeler son importance stratégique, ce rôle de pont que sa spectaculaire croissance économique lui permet de jouer toujours plus. Ankara et Brasilia avaient donc pris langue avec Téhéran, avec un certain succès, semble-t-il, puisque le Premier ministre turc et le président brésilien y étaient attendus ensemble ce week-end mais Recep Erdogan s’était décommandé à la dernière minute, faisant comprendre que les assurances données par les Iraniens n’étaient pas suffisantes. L’affaire était à l’eau mais hier, en début de soirée, le Premier ministre turc a soudain rejoint Lula à Téhéran et, au milieu de la nuit, alors même que les discussions se poursuivaient, un accord était annoncé, signe que l’Iran voudrait beaucoup éviter ces sanctions de l’Onu. Quelque chose s’est débloquée. C’est en Turquie et contre des garanties turques que l’Iran pourrait procéder à l’échange de son uranium. On en est là et on en saura plus dans la journée.

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