Après l’investiture, le Premier ministre, Berlin et la formation du gouvernement, François Hollande est reçu demain à la Maison-Blanche. Barack Obama a tenu à l’y accueillir avant les sommets du G-8 et de l’Otan, un peu pour faire oublier qu’il avait marqué une préférence pour Nicolas Sarkozy mais surtout parce que l’Amérique économique et politique s’est prise d’un furieux intérêt pour ce nouveau président français qu’elle connaît si peu.

Alors même que « socialiste » est un gros mot aux Etats-Unis, les dirigeants américains apprécient beaucoup que François Hollande se soit fait le chantre d’une politique de relance en Europe. Inquiets de voir l’euro baisser et renchérir leurs produits, la déflation menacer l’Union et réduire par là leurs exportations, non seulement ils se réjouissent de ce que le chef de l’Etat rejoigne ainsi leurs préoccupations mais ils sont bien décidés à lui prêter la main face à Angela Merkel afin que la stagnation de l’économie européenne ne compromette pas la reprise américaine.

Dès mardi Tim Geithner, le secrétaire au Trésor, avait publiquement estimé qu’il fallait « favorablement accueillir le nouveau débat sur la croissance en Europe ». La secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a enfoncé le clou hier en déclarant qu’il fallait « des ajustements à l’austérité à la fois pour des raisons économiques et politiques ». Barack Obama était entretemps monté lui-même au créneau en déplorant que l’Europe n’ait pas su en faire autant que lui pour la relance et en pressant Mario Monti, le chef du gouvernement italien, « d’intensifier les efforts destinés à promouvoir la croissance » dans l’Union.

L’Amérique est entrée en bataille, une bataille pour une relance européenne et, dans cette bataille, François Hollande fait figure d’allié providentiel, statut qui ne dessert évidemment pas ses objectifs. C’est sortant droit du Bureau ovale que le président français fera ainsi ses premières apparitions internationales, d’abord au G-8, club des plus riches des pays du monde, puis parmi ses pairs de l’Alliance atlantique, mais qu’en sera-t-il des autres dossiers au menu de ces réunion ?

Il n’en est en fait qu’un seul sur lequel François Hollande ne sera pas en connivence avec la Maison-Blanche. Il l’a déjà fait dire à Barack Obama : il n’est pas convaincu par le projet américain de déploiement par l’Otan d’un bouclier anti-missiles en Europe. A ce stade en tout cas, il se refuse à l’approuver car il s’interroge à la fois sur sa faisabilité technique, les modalités politiques de son éventuelle utilisation, son financement, la répartition de ses retombées industrielles et ses conséquences, surtout, sur la dissuasion française.

Ce n’est pas déjà « non » mais ce ne sera pas déjà « oui » non plus et d’autant moins que ce projet tend sérieusement les relations entre les Occidentaux et la Russie. Aussi prudente qu’elle soit, cela s’appelle une divergence mais il n’y en aura ni sur l’Afghanistan car les Américains ont pris leur parti de l’accélération du retrait français, ni sur la Syrie bien sûr, ni sur l’Iran puisque la France est désormais plus décidée que du temps de Nicolas Sarkozy à jouer la carte des négociations et rejoint ainsi l’approche américaine.

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