Il faut bien sûr attendre la réaction de l’Allemagne, de l’Allemagne avant tout mais également des autres pays de l’euro. Ce n’est pas parce que la France fait des propositions qu’elles seront forcément adoptées par le reste de l’Union mais celles que François Hollande a mises hier sur la table pourraient bien marquer un tournant dans l’histoire de la construction européenne car elles arrivent au bon moment, peuvent maintenant séduire plus d’une capitale et visent toutes à un accroissement de l’intégration économique et politique de la zone euro.

Pour sortir l’Europe de sa « langueur », le président français a proposé aux seize autres pays de l’euroland de s’atteler sans plus tarder, là, maintenant, à la mise en place d’un « gouvernement économique » se réunissant tous les mois, à l’harmonisation fiscale et sociale, à la lutte contre le chômage des jeunes, à une stratégie d’investissements commune dans les industries d’avenir, à la création d’une « communauté européenne de l’énergie » et à l’instauration d’une capacité budgétaire, d’un budget propre, de la zone euro qui devrait pouvoir, a-t-il estimé, emprunter en commun, mutualiser, donc, ses emprunts nationaux et marcher sous « deux ans » – c’était l’essentiel – vers une « union politique ».

Il n’y a là aucun changement d’orientation chez le disciple de Jacques Delors qu’est François Hollande. Le président de la République a toujours été un ardent partisan de l’approfondissement de l’unité européenne. Toutes ces propositions faites en préambule à sa conférence de presse, ils les avaient esquissées dans sa campagne et rappelées dans plusieurs discours mais c’est la première fois, depuis son élection, qu’il a fait d’idées et de souhaits un véritable plan de reconstruction de l’Europe officiellement soumis aux autres capitales.

François Hollande a ainsi abattu ses cartes, replacé l’effort de rétablissement des comptes publics dans une vaste ambition européenne, mais pourquoi n’est-ce qu’aujourd’hui qu’il le fait, après avoir tant attendu ?

La raison en est que le débat sur rigueur et croissance a maintenant assez évolué en Europe pour que cette accélération de l’intégration puisse avoir un contenu politique acceptable pour la France. La récession européenne est telle que la Commission, le Parlement bien sûr, beaucoup des gouvernements européens de droite ou de gauche et Mme Merkel elle-même sont conduits à envisager, le font déjà ou le feront, de fonder une nouvelle étape de l’unification sur une solidarité accrue entre pays membres et des efforts de relance concertée.

C’est devenu l’intérêt de tous, une nécessité pour chacun, Allemagne comprise, et des négociations pourraient ainsi s’engager sans que les politiques communes à mettre en place ne se résument à l’austérité, contrairement à ce qui aurait été le cas il y a six mois encore. Le climat politique a changé en Europe car la situation économique s’y est aggravée. Le temps des concessions réciproques – de la « synergie » entre croissance et rigueur, disent la Pologne et l’Italie – s’est ouvert et cela permet à François Hollande de prendre la chancelière aux mots sur l’union politique. Ce n’est pas qu’un tournant du quinquennat qui s’est amorcé hier mais un tournant pour l’Europe.

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