Où l'on voit le désarroi général des gauches européennes

Les Travaillistes ont maintenant un programme. A trois semaines des élections du 8 juin grâce auxquelles la Première ministre conservatrice, Theresa May, espère conforter sa majorité en vue de la négociation du Brexit, le Labour, le Travail, le parti du travail, a opéré un tournant à gauche toute.

Il veut nationaliser l’eau, le rail, la Poste et plusieurs secteurs énergétiques. Il entend, parallèlement, augmenter d’un tiers le salaire horaire minimum en le portant à 10 livres, soit près de douze euros. Il propose également, d’allouer l’équivalent de 35 milliards d’euros supplémentaires au système de santé public. Dans l’Education, il supprimerait les frais universitaires et rétablirait les aides d’Etat. Les Travaillistes recruteraient enfin 10 000 policiers, 3000 gardiens de prison, 3000 pompiers et 500 garde-frontières.

Le fait est qu’après les années Thatcher, Blair et Cameron, rien de tout cela n’est totalement indu. La Grande-Bretagne a tellement taillé dans le budget de ses services publics et tant réduit les revenus de ses salariés qu’un peu d’air et de solidarité sociale lui seraient nécessaires mais la facture de ce programme travailliste se monterait à près de 49 milliards de Livres, plus de 56 milliards d’euros, qu’il faut bien trouver quelque part, mais où ?

Pour les Travaillistes, la réponse est claire : dans la poche des riches, des très riches comme des classes moyennes supérieures qui sont plus nombreuses que les multimilliardaires et verraient très significativement augmenter leurs impôts. Alors oui, pourquoi pas faire payer les plus aisés après avoir tant fait payer les plus pauvres. La gauche est en Grande-Bretagne le parti du travail mais le fait aussi qu’avec un tel programme, les Travaillistes ont bien peu de chances de remonter le retard de quelques vingt points qu’ils accusent aujourd’hui sur les conservateurs qui, eux, flattent l’illusion populaire que tout ira mieux, salaires et emploi, avec le Brexit.

Tout est possible. Toutes les surprises le sont mais, sauf miracle, les Travaillistes vont perdre ces élections et ajouter leur défaite au recul général des gauches européennes car, en Allemagne aussi, la social-démocratie perd pied.

Au début de l’année, sous l’impulsion de son nouveau leader, Martin Schulz, l’ancien président du Parlement européen, elle avait devancé la démocratie chrétienne d’Angela Merkel dans les sondages en prônant une redistribution sociale des excédents budgétaires dont l’Allemagne est bénéficiaire.

Une victoire de la gauche allemande aux élections de septembre prochain avait alors paru possible mais les sociaux-démocrates ont depuis perdu toutes les élections régionales qui se sont succédées. Le SPD patine, recule et la raison en est que l’électorat ne veut pas le voir arriver au pouvoir en coalition avec la gauche de la gauche car c’est trop à gauche pour l’Allemagne.

En France, on sait. Le PS se marginalise et c’est dans toute l’Europe que la gauche recule car l’Europe et le monde virent à droite.

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