En raison des attaques de groupes armés contre des postes de santé, l’épidémie d’Ébola ne cesse de progresser dans l’est de la RDC, alors que les moyens de la maîtriser existent. Les organisations humanitaires lancent un cri d’alarme.

Funérailles d’une victime d’Ebola, jeudi 16 mai à Butembo, dans le nord-Kivu, l’épicentre de l’épidémie du virus.
Funérailles d’une victime d’Ebola, jeudi 16 mai à Butembo, dans le nord-Kivu, l’épicentre de l’épidémie du virus. © AFP / JOHN WESSELS / AFP

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, la conjonction de plusieurs facteurs menace actuellement de provoquer une tragédie :

- une épidémie d’Ébola, l’un des virus les plus dangereux qui soient ; 

- une guerre civile qui dure, sous des formes diverses, depuis deux décennies ; 

- et une désinformation aux conséquences désastreuses. 

Résultat, les responsables des organisations humanitaires lancent un cri d’alarme : « Nous avons perdu le contrôle de cette épidémie », déclarait hier à nos confrères de « Libération » le coordinateur d’urgence de Médecins sans frontières, John Johnson. 

Les chiffres ne donnent pas la mesure de la situation, surtout dans une région qui a connu des millions de morts dans les guerres depuis vingt ans. 1600 cas d’Ébola recensés au cours des dix derniers mois, dont un millier ayant entraîné la mort des patients. Mais surtout, une augmentation rapide du nombre de nouveaux cas ces dernières semaines, qui font redouter une explosion de l’épidémie.

L’insécurité est très largement responsable de la dégradation de la situation sanitaire dans le Nord-Kivu, une région riche en minerais, mais dans laquelle sévissent des groupes rebelles armés. Des centres de soins anti-Ébola ont ainsi été attaqués par des rebelles à plusieurs reprises, contraignant les équipes médicales à limiter leurs déplacements, parfois même à fermer des cliniques, abandonnant ainsi les villageois au virus.

Les rebelles justifient les attaques en répandant des rumeurs malveillantes auprès de la population, affirmant que le virus a été importé en RDC par les équipes médicales étrangères, que celles-ci font des affaires, volent des organes… Ces contre-vérités maintiennent un état de tension qui fait le jeu des groupes armés, opposés au pouvoir central de Kinshasa, situé à plusieurs milliers de kilomètres de là, lointain et impotent.

En 2014 et 2015, une épidémie d’Ébola avait touché plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, mais elle se déroulait dans des pays qui ne connaissaient pas la guerre, et elle avait pu être contenue, non sans mal, faisant plus de 11 000 morts. 

Le Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé, un médecin éthiopien, le Dr Ghebreyesus, a tweeté la semaine dernière ce constat pathétique : « la tragédie, a-t-il écrit, est que nous avons les moyens techniques de stopper Ébola, mais tant que les attaques ne cesseront pas sur ceux qui apportent la réponse, il sera très difficile de mettre fin à cette épidémie ».

C’est d’autant plus tragique que des vaccins mis au point au cours de la précédente épidémie sont en cours d’homologation, et pourraient faire la différence si l’accès aux populations était possible.

Nous vivons ainsi dans une époque paradoxale où la science permet de résoudre les principaux problèmes auxquels sont confrontés les humains ; mais ce sont ces mêmes humains qui empêchent leur mise en œuvre. Le Nord-Kivu en fait la cruelle démonstration.

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