La fin des hostilités entre Gaza et Israël est en train d’être négociée et pourrait intervenir dans les prochains jours. Mais un cessez-le-feu n’est pas la paix, et tout restera à faire pour empêcher de nouveaux conflits.

Le ciel de Gaza ville éclairé par les incendies après un bombardement de l’aviation israélienne dans la nuit de samedi à dimanche.
Le ciel de Gaza ville éclairé par les incendies après un bombardement de l’aviation israélienne dans la nuit de samedi à dimanche. © AFP / MOHAMMED ABED / AFP

Il y a deux manières de terminer une guerre : soit par la victoire totale d’un camp sur l’autre, soit par un cessez-le-feu lorsque les conditions sont remplies. Entre le mouvement palestinien Hamas, dans la bande de Gaza, et Israël, il est clair que c’est le second scénario qui est à l’œuvre : les roquettes du Hamas n’ont pas la capacité de battre Israël, et l’État hébreu n’a aucun désir de reprendre le contrôle de la bande de Gaza et de ses 2 millions d’habitants, un cauchemar pour son armée.

La seule question est donc de savoir quand un cessez-le-feu interviendra, et à quelles conditions ? Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni hier en visioconférence ; c’est un point de passage obligé pour donner la légitimité à un accord, mais ce n’est pas là que ça se passe.

Les choses sérieuses se déroulent entre trois ou quatre acteurs qui ont de l’influence sur les belligérants, les États-Unis, évidemment, indispensables pour négocier avec Israël ; et quelques pays-clés comme l’Égypte, qui a une frontière commune avec Gaza, le Qatar qui a des liens privilégiés avec le Hamas, ou encore la Jordanie qui a la responsabilité de la gestion de l’esplanade des mosquées à Jérusalem, le point de départ de la crise. 

Un cessez-le-feu est sans doute une question de jours : tout semble indiquer que cette guerre ne durera pas 50 jours comme en 2014. Le Hamas a déjà atteint son objectif, qui était de montrer qu’il était le seul à défendre Jérusalem, et ainsi revendiquer le leadership palestinien.

Israël affirme qu’il lui faut encore du temps pour atteindre son propre objectif, qui est de détruire autant d’infrastructure du Hamas que possible avant d’arrêter. D’où la cadence des bombardements, au risque de faire plus de victimes civiles, 42 morts hier, y compris des enfants, ou cette cible hautement contestable qu’a été l’immeuble des médias détruit samedi à Gaza. Chaque jour qui passe alourdit le bilan, au risque de le rendre indéfendable, y compris pour ceux qui affirment, comme les États-Unis et l’Europe, le droit d’Israël à se défendre.

Si un cessez-le-feu intervient cette semaine, aussi bien le Hamas qu’Israël pourront revendiquer une victoire, pas la même. Mais rien ne sera réglé, un cessez-le-feu n’est pas la paix.

Car cette crise ne ressemble à aucune de celles qui l’ont précédée. Car elle ne se limite pas à l’affrontement classique Gaza-Israël. Il ne faut pas oublier les affrontements de Jérusalem où tout a démarré, et surtout le « front intérieur » entre citoyens israéliens, juifs et Palestiniens de 1948 comme on les appelle. Ces plaies-là ne seront pas refermées par un cessez-le-feu avec le Hamas.

Alors la vraie question est de savoir si cette nouvelle tragédie pourra servir de point de départ d’un processus de paix, ou si on aura simplement éteint l’incendie en attendant le suivant. Une partie de la réponse dépendra de l’administration américaine, qui n’avait aucune envie de se mêler de ce conflit inextricable, mais s’y trouve de nouveau attirée, presque malgré elle. Joe Biden voudra-t-il essayer, à son tour, de lancer un round diplomatique pour sortir de l’impasse ? Il pourrait être amené à le faire, poussé par une partie des démocrates qui le trouvent trop complaisant vis-à-vis d’Israël.

Laissés à eux-mêmes, les acteurs du conflit n’ont strictement aucune chance de le dépasser, l’expérience le montre. L’histoire montre aussi que les quelques avancées de la paix par le passé ont toujours succédé à une période de crise. Faible espoir dans un paysage sinistré.

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