Que faire ? Que faire alors que, cinq jours après le bain de sang madrilène, un groupe islamiste menace de s’en prendre à la France, que le maire de Londres estime qu’un attentat est « inévitable » dans sa ville, que l’Europe se sent, et sans doute à juste titre, dans le collimateur ? Devant la montée de ces dangers, la première chose à faire est de comprendre d’où ils viennent et pourquoi. Il faut pour cela remonter à ce mois de décembre 1979 où l’URSS envahit l’Afghanistan pour tenter d’y sauver un gouvernement pro-soviétique aux abois. Sans doute ne veut-elle pas alors menacer les intérêts occidentaux en rapprochant ses armées du Proche-Orient. Sans doute ne veut-elle que défendre son autorité à Kaboul pour éviter une déstabilisation de ses Républiques d’Asie centrale mais les Etats-Unis ne veulent pas prendre de risques, et entrevoient immédiatement, surtout, la possibilité d’infliger un spectaculaire revers politico-militaire au Kremlin en organisant le mouvement de rejet que suscite cette invasion dans tout le monde arabo-muslman. Avec l’appui du Pakistan et de l’Arabie saoudite, les Etats-Unis financent, arment et entraînent non seulement la résistance afghane mais aussi des dizaines de milliers de volontaires musulmans venus de tous les coins du monde. C’est dans cette guerre que vont se former les réseaux d’Al Qaïda. C’est de cette guerre que sortiront les militants islamistes qui voudront poursuivre, ensuite, la bataille dans leurs propres pays, en Algérie notamment. C’est de la défaite soviétique enfin que naîtra le mythe qui fonde les réseaux islamistes, l’idée que l’Islam combattant a défait l’URSS, l’une des deux super-puissances occidentales, et qu’il peut maintenant abattre l’autre, l’Amérique, dernier obstacle à une renaissance musulmane. La stratégie d’Al Qaïda est en conséquence de tout faire pour affoler l’Amérique et l’Europe, pour les amener à s’en prendre au monde musulman et provoquer ce clash des civilisations, cette guerre de religions à laquelle aspirent les islamistes car ils ne doutent pas un instant que l’Islam, jeune et pauvre, en sortirait vainqueur face à un Occident matérialiste et vieillissant. Les attentats s’inscrivent évidemment dans cette stratégie. Ils se multiplieront donc, avec pour objectif de nous pousser à des confrontations directes avec l’Islam en terre musulmane ou ailleurs, à ce genre d’erreur que Georges Bush a commise en se croyant assez fort pour aller faire de l’Irak une vitrine occidentale au Proche-Orient. Face à un tel défi, durable et redoutable, la première chose à faire est de ne pas multiplier les fronts mais de concentrer, au contraire, tous les moyens financiers et policiers, le renseignement et l’action, contre les réseaux islamistes. La deuxième est de ne déraper en rien dans ce qui pourrait être perçu comme une guerre contre l’Islam mais d’opposer à un terrorisme qui frappe aussi l’Islam la loi et la coopération internationales, l’Onu et non pas une puissance, occidentale, la plus impopulaire du monde, qui s’arroge le droit de faire seule et au mépris du droit, ce qui lui semble bon. La troisième est de régler le conflit israélo-palestinien, de garantir, fût-ce par un déploiement militaire, la sécurité d’Israël et la création de la Palestine sur l’ensemble des territoires occupés.

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