Silvio Berlusconi n’est pas un homme d’Etat. C’est un affairiste devenu Premier ministre et qui applique à la politique, au gouvernement d’un des sept pays les plus riches du monde, les méthodes qui lui ont permis de constituer la première fortune d’Italie - l’esbroufe, les entourloupes et le bagout d’un joueur de bonneteau. Silvio Berlusconi, donc, avait un problème. Les 3 et 4 avril prochains, 42 millions d’Italiens élisent les présidents de 14 des 20 régions qui composent la péninsule. Ce vote est important car plusieurs des régions tenues par la coalition au pouvoir pourraient basculer à gauche, modifiant ainsi le climat politique à un an d’élections parlementaires qui ne sont pas gagnées pour la droite. Silvio Berlusconi avait, en un mot, un coup à trouver, un truc susceptible de lui éviter une défaite dommageable aux régionales. Un truc, mais quoi ? Les impôts ? Il les a déjà baissés. La menace communiste ? Cela réveille encore quelques électeurs auxquels l’écroulement soviétique a échappé mais, non… Trop usé. Alors un sondage a attiré l’œil du premier ministre. Soixante-dix pour cent des Italiens souhaitent le rappel des troupes italiennes engagées en Irak. Ce n’est pas nouveau. Plus des deux tiers des Italiens étaient opposés à cette guerre et plus encore à l’inclusion de leur pays dans la coalition américaine mais, là, l’opinion est particulièrement remontée car une patrouille américaine a tué, le 4 mars dernier, un officier des services secrets italiens qui venait de libérer une otage, une journaliste du Manifesto. Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Le voilà, le truc ! Comme on vend à la baisse, très vite, Silvio Berlusconi fonce, mardi soir à la télévision, et en direct, dans une totale improvisation, annonce « une réduction progressive du nombre de nos soldats dès septembre car notre opinion, dit-il, le demande ». « J’en ai parlé avec Tony Blair, ajoute-t-il, car nos opinions (la britannique aussi, veut-il dire) attendent cette décision ». Sans doute avait-il effectivement parlé avec le Premier ministre britannique des problèmes électoraux que l’Irak leur cause à tous deux mais, outre qu’on ne fait pas état de conversations privées, qu’on ne met pas en difficultés un allié dans le seul but de se trouver une caution, Tony Blair dément dès le lendemain. « Ni le gouvernement italien ni nous-mêmes n’avons fixé d’échéance de retrait », dit-il, s’appuyant sur un bout de phrase de Silvio Berlusconi qui faisait dépendre le retrait total des Italiens des capacités de sécurité irakiennes. Pas démonté, Silvio, lui, confirme mais voilà qu’au même moment ou presque Georges Bush déclare, de Washington, qu’il vient de s’entretenir avec Silvio qui lui assuré qu’il n’y avait « aucun changement dans sa politique ». « Je peux le dire à la presse ? », lui a demandé Georges. « Absolument », a répondu Silvio qui, aussitôt traqué, Rome, par les journalistes italiens, leur lâche, à ces ânes qui ne comprennent rien : « Si ce n’est pas possible, ce n’est pas possible. Tout doit être décidé en accord avec les alliés ». Commentaire de Romano Prodi, le chef de l’opposition : « On ne peut ni ne doit jouer avec la dignité de notre pays ».

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