C’est fait. En vertu du rapport de force entre la majorité et l’opposition, le gouvernement aura obtenu ce soir un vote de confiance sur sa politique étrangère qui lui permettra de dire que la représentation nationale a approuvé le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Ce ne sera, en réalité, pas tout à fait exact car, si le débat n’avait porté que sur cette question de l’Otan et non pas sur l’ensemble de la politique extérieure, un malaise se serait clairement exprimé jusque dans la majorité, mais… bon. La confiance est la confiance et, fort de ce vote, Nicolas Sarkozy confirmera sa décision, le 2 avril, devant le sommet de l’Alliance atlantique qui, bien sûr, l’en applaudira. C’est fait, la France reprend toute sa place, pleine et entière, dans l’Otan et ce n’est pas la catastrophe que l’on entend parfois décrire. La France n’en sera pas obligée d’acquiescer à toute décision des Etats- Unis. Elle n’y sera pas plus contrainte que l’Allemagne ne l’avait été de se joindre à l’aventure irakienne. Elle ne va pas se vassaliser par ce seul retour dans le commandement intégré, par cette rupture avec le tournant que le général de Gaulle avait donné à la diplomatie française. La France restera indépendante pour peu, du moins, qu’elle veuille continuer à l’être mais, à bien des égards, il y a comme un contretemps dans cette décision. Nicolas Sarkozy, d’abord, va accomplir, là, une ambition du candidat Sarkozy que le président Sarkozy a déjà largement répudiée. Avant d’entrer à l’Elysée, le président de la République était un atlantiste classique, comme toute la droite non gaulliste et comme François Mitterrand l’avait été jusque dans les années 70. « Sarko l’Américain », comme il aimait qu’on le dise, considérait qu’il y avait un camp occidental dont les Etats-Unis étaient le chef de file naturel et qu’il n’y avait que puérilité, faux-semblant ou mégalomanie d’ancienne puissance dominante à vouloir y afficher sa singularité. Il était tellement impatient de rompre avec la posture gaulliste que, dès son élection, il avait annoncé à un Gordon Brown éberlué qu’il ferait, sans tarder, revenir la France dans le commandement intégré. Puis il y eut la crise géorgienne et Nicolas Sarkozy, plus attaché aux premiers rôles qu’aux rigidités idéologiques, s’y est distingué des Etats-Unis en faisant adopter par l’Union européenne une position médiane, sage et intelligente, qui n’était pas du tout celle de l’Otan. Ce retour dans le commandement intégré ne lui ressemble plus guère et, deuxième contretemps les Etats-Unis n’attendent plus aujourd’hui de leurs alliés qu’ils les suivent en tout mais qu’ils soient forts. L’indépendance européenne ne leur fait plus peur et Nicolas Sarkozy leur offre, ainsi, ce qu’ils ne désirent plus vraiment. Troisième contretemps, enfin, l’Europe centrale a compris, dans la crise géorgienne, qu’il valait mieux ne pas toujours compter sur l’Amérique et l’affirmation politique de l’Union les épouvante beaucoup moins qu’hier. Il n’était, autrement dit, plus nécessaire à la France de revenir dans l’Otan pour promouvoir une Défense européenne. La France se banalise à contretemps.

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