C’est requinquant, une victoire. Comme rajeunie et tout en muscles, la gauche française l’éprouve depuis dimanche. Sa résurrection conforte les espoirs de toute la gauche européenne qui n’a pas tort d’y voir une confirmation de l’essoufflement de Silvio Berlusconi, de la spectaculaire remontée des travaillistes dans les sondages ou, encore, des difficultés que ses alliés libéraux, trop à droite, trop thatchériens, créent à Angela Merkel. Portée par la crise financière et la demande de règles et de protections qui s’ensuit, la gauche se sent d’autant plus le vent en poupe en Europe qu’elle y incarne l’alternance puisque l’écrasante majorité des gouvernements de l’Union sont, aujourd’hui, de droite. Tout menace, désormais, les majorités conservatrices mais ce n’est pas sur un tapis de roses que les gauches s’avancent. Toutes n’auront pas autant de problèmes que la gauche grecque, revenue au pouvoir pour y découvrir des comptes maquillés et devoir imposer une austérité qui laisse pantois les plus orthodoxes des économistes. Toute l’Europe n’est pas la Grèce mais, partout ou presque, les plans de sauvetage de l’hiver 2008/2009 ont encore alourdi un endettement que les déficits budgétaires nourrissent depuis des décennies. Il n’y a pas d’argent en caisse. Les possibilités d’emprunt s’amenuisent. Le temps sera toujours moins aux largesses sociales que le taux de chômage et la baisse du pouvoir d’achat, pourtant, justifieraient pleinement et, pire encore, l’augmentation des impôts ne résoudrait rien. Elle aggraverait, au contraire, les choses car elle viendrait mettre de nouveaux freins à une croissance déjà faible qu’il s’agit, plutôt, de relancer – mais comment ? – pour créer des emplois, rééquilibrer les comptes sociaux et accroître les recettes des Etats. Rien n’est simple dans ce moment qui va durer et, à peine aux portes du pouvoir, les gauches sont d’ores et déjà en danger de décevoir et d’ouvrir alors la voie à une extrême-droite qui ne s’affirme pas qu’en France. C’est requinquant, une victoire mais, quant le contexte est aussi alarmant, il faut se préparer à en relever les défis. Il y a des pistes. La première consisterait, pour les gauches européennes, à s’entendre, sans attendre, sur une avancée de l’Europe politique qui seule permettrait de communautariser les dépenses, de recherche et de défense notamment, de les réduire autrement dit, et de réindustrialiser l’Europe en y lançant des politiques industrielles concertées, innovantes et créatrices d’emploi. La deuxième serait d’ouvrir, à l’échelle européenne toujours, de grands travaux d’infrastructures, créateurs d’emplois aussi et finançables car rapidement rentables. La troisième serait de repenser et coordonner les politiques fiscales européennes afin de mieux imposer les bénéfices et traquer la fraude sans que l’argent ne puisse échapper à l’imposition en s’exilant sous de meilleurs cieux. Quant à la quatrième piste elle serait de réinventer la protection sociale en la mettant sous conditions de ressources, pleine et entière pour les plus démunis, plus restrictive pour les autres. Les chantiers sont gigantesques. Il ne faut pas tarder à s’y atteler.

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