Ce n’est plus impossible. Il y a maintenant une toute petite chance, encore faible mais réelle, que le Conseil de sécurité autorise l’organisation d’une assistance militaire aux insurgés libyens car, tout de même, la perspective de voir le colonel Kadhafi écraser leur résistance suscite une gêne. Le ton a changé à Moscou où l’on ne dit plus « non » bien que les réticences y demeurent grandes. Les Américains, surtout, évoluent et paraissent soudain pressés de voir le Conseil se décider. Pas chaude du tout mais peu désireuse, en même temps, de passer pour le sauveur du colonel Kadhafi, la Chine pourrait opter pour l’abstention mais, quand bien même ce feu vert de l’Onu serait finalement donné, n’est-il pas trop tard ? Il y a moins d’une semaine encore, il aurait été aisé d’empêcher le régime en place de lancer sa contre-offensive et de bombarder sa propre population. Il aurait alors suffi d'interdire le ciel lybien à son aviation et quelques mouvements de porte-avions – ce que les militaires appellent des gesticulations – auraient sans doute assez inquiété l’entourage de la famille Kadhafi pour que les défections s’y multiplient. Aujourd’hui, après toutes ces journées de tergiversations, après ce temps perdu, la situation est bien différente. La dictature a reconquis la plupart des villes passées à l’opposition. Elle a marqué de vrais points, voguant vers une victoire qui resserre ses rangs et pourrait bientôt lui valoir des ralliements car, sous toutes les latitudes, beaucoup de gens préfèrent être du côté des gagnants que des perdants. Reste bien sûr Benghazi, la deuxième ville du pays, mais l’étau se resserre autour de cette place-forte des insurgés qui ne sont ni suffisamment armés ni assez bien entraînés pour la défendre contre des soldats de métier auxquels les chars et les munitions ne manquent pas. En admettant même que le Conseil de sécurité se décide aujourd'hui à autoriser une aide aux insurgés, il faudrait encore l’organiser et cela ne se fera pas dans l’heure. Entre temps, Benghazi pourrait être tombée, le colonel Kadhafi pourrait avoir repris le contrôle du pays et il n’y aurait plus grand sens, dans ces conditions, à lui interdire le ciel de la Libye alors qu’il en aurait reconquis le territoire. Cela ne serait plus d’aucune aide à des insurgés qui auraient perdu la partie mais, en première ligne dans cette bataille diplomatique, la France continue pourtant de pousser à la roue, pressant les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité de ne plus traîner les pieds et mobilisant déjà, au cas où, des pays arabes qui seraient disposés à participer à l’interdiction du ciel libyen ou à d’autres formes de soutien à l’insurrection. Les autorités françaises semblent convaincues, premièrement, que les choses ont vraiment bougé au Conseil et, deuxièmement, que les troupes du colonel Kadhafi ne seraient pas aussi prêtes qu’on pourrait le croire de se lancer à l’assaut de Benghazi. On le saura sous peu mais, en tout état de cause, il vaut mieux essayer de sauver l’honneur que ne rien faire, tenter d’éviter un massacre que de laisser donner, bras croisés, un inquiétant coup de frein au printemps arabe.

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