Pour ce qui est des prochains jours et des mois à venir, la victoire de Vladimir Poutine est complète. Sous deux à trois ans, elle pourrait bien, en revanche, tourner à la débâcle mais voyons d’abord l’immédiat. Après ces 95 % de « oui » au rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie, le Parlement de ce qui n’est plus que pour moins d’une semaine une république autonome de l’Ukraine adoptera ce matin une demande en ce sens. Une délégation ira aussitôt la porter à Moscou. Les députés russes se prononceront vendredi. Un projet de loi est déjà prêt. Il n’y a plus qu’à le voter et la Crimée sera alors redevenue russe, comme elle l’avait été depuis le XVIII° siècle et jusqu’en 1954.

Les Russes en seront reconnaissants à leur président. Ils l’applaudiront de leur avoir restitué ce qui avait été leur Côte d’Azur et restait, pour leur armée, une base navale essentielle et de les avoir, surtout, vengé du grand recul historique qu’avait connu la Russie lorsqu’elle avait successivement perdu, en 1989, ses satellites d’Europe centrale puis, en 1991, l’empire qu’avaient constitué les tsars avant qu’il ne devienne l’URSS. En forte baisse jusqu’à cette crise et en hausse marquée depuis, la popularité de Vladimir Poutine atteindra bientôt des records et cela d’autant plus qu’il n’a pas eu besoin de faire la guerre pour cela, qu’il lui a suffi de déployer hors des bases louées à l’Ukraine les soldats qui se sont assuré le contrôle de la Crimée et que les Occidentaux n’ont en fait pas bougé puisque ni les Européens ni les Américains n’étaient bien sûr prêts à mourir pour Simféropol. L’opération a certes un prix. La Russie s’est trouvée totalement isolée, samedi, au Conseil de sécurité quand pas un seul pays ne l’a soutenue, pas même la Chine qui s’est abstenue. L’Union européenne adoptera dans la mâtinée des sanctions – refus de visas et gel des avoirs – contre 25 ou 30 des plus hauts responsables russes directement liés à cette annexion mais, outre qu’elles ne toucheront pas Vladimir Poutine lui-même, ce n’est évidement pas cela qui l’empêchera de dormir. Pour l’heure, oui, c’est un triomphe annoncé qu’il remporte mais tout chef d’Etat se doit de penser au coup d’après qui, lui, n’est pas du tout joué.L’économie russe s’essouffle dans une croissance qui devient dangereusement faible. Les équipements collectifs menacent ruine. La corruption gangrène tout. L’armée elle-même est dans un état de profonde décrépitude bien que le présentateur vedette de la télévision publique ait cru bon de rappeler hier, c’est une citation, que « la Russie était le seul pays au monde capable de transformer les Etats-Unis en cendres radioactives ». Pour Vladimir Poutine, tout dépend aujourd’hui des exportations de matière première vers l’Europe, vers l'Union qui va maintenant diversifier ses sources d’approvisionnement car, jusqu’à Berlin, toute confiance en le Kremlin est perdue. Même si la Russie – ce qui reste à voir – s’abstient de monter les enchères en Ukraine orientale, ses exportations de gaz vers l’Europe vont beaucoup diminuer. Son économie s’en ressentira durement et, avec elle, la popularité de Vladimir Poutine.

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