On peut ne pas dire une chose tout en la disant un peu. C’est tout particulièrement vrai des diplomates et, contrairement à ce qui a été trop vite entendu, le secrétaire d’Etat américain n’a ainsi pas dit avant-hier que les Etats-Unis se seraient désormais résignés à ce que Bachar al-Assad reste en place.

Ce qu’a dit John Kerry, c’est qu’il faudrait « au final » négocier une transition politique en Syrie avec « le régime Assad », ce qui n’est pas la même chose et encore moins nouveau puisque les grandes puissances ont déjà tenté par deux fois de négocier une transition politique avec ce régime, qu’elles n’y ont jamais renoncé et qu’une transition politique, le contraire d’un renversement de régime, se négocie bien évidemment avec toutes les parties en présence, y compris le régime en place et, donc, son chef de file.

John Kerry n’a aucunement dévié de cette approche dimanche, sauf…

Sauf qu’il n’a pas réitéré dans cette déclaration qu’Assad avait perdu toute légitimité et devait partir et que ce silence sur l’un des aspects essentiels de la position euraméricaine marque un assouplissement verbal des Etats-Unis dont la raison n’est pas syrienne.

La raison en est iranienne car, au moment où John Kerry laissait ainsi croire ce qu’il n’a pas dit, il s’apprêtait à ouvrir hier, à Lausanne, le dernier round de ses interminables discussions sur la question nucléaire avec le ministre iranien des Affaires étrangères. Ces discussions doivent maintenant aboutir ou échouer avant la fin de ce mois. Elles ont considérablement progressé. Un compromis est désormais à portée de main mais, outre que le diable est dans les détails et qu’ils sont difficiles, cette négociation ne porte pas seulement sur le renoncement des Iraniens à se doter de la bombe en échange de la levée des sanctions économiques qui les frappent.

Elle porte également sur le contexte proche-oriental, à la fois parce que les Iraniens ne veulent pas qu’accord nucléaire conclu, les Américains contrarient leur avance en Irak et en Syrie et parce que les Américains souhaiteraient, de leur côté, qu’un compromis sur le nucléaire leur permettre de déléguer à l’Iran toute une partie de l’effort militaire nécessaire à l’anéantissement des jihadistes de l’Etat islamique.

Il y a négociation dans la négociation. L’une va difficilement sans l’autre et la partie est d’autant plus compliquée qu’elle se déroule sous les yeux, à Téhéran, des conservateurs les plus intraitables ; à Washington, de la majorité républicaine du Congrès qui ne veut pas d’un compromis et, à Riad et Tel Aviv, d’alliés des Américains qui se méfient d’un retournement d’alliance des Etats-Unis en faveur de l’Iran.

L’ambiguïté délibérée des déclarations de John Kerry visait ainsi à aider les dirigeants iraniens à convaincre leurs conservateurs que le départ d’Assad n’était pas une priorité américaine et à rassurer l’Arabie saoudite et tout le camp sunnite sur le fait que ce départ était toujours d’actualité puisqu’il devait bien y avoir transition politique à Damas. Ce n’est pas toujours dans la clarté qu’on peut avancer.

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