Les jeunes gauches sont à la peine. Prenons, d’abord, Lula, l’ancien président brésilien. Ouvrier métallurgiste à 14 ans et organisateur de grèves héroïques sous la dictature militaire, voilà un homme qui, en deux mandats présidentiels, avait sorti de la pauvreté 40 millions de personnes et assuré une croissance annuelle de 7,5%.

Son bilan est tellement bon que lorsqu’il quitte le pouvoir en 2010, son taux de popularité est de 80% mais Lula est aujourd’hui contraint de revenir au gouvernement pour tenter de sauver de la débâcle la présidente qu’il a fait élire, Dilma Rousseff, et se mettre à l’abri de la Justice qui l’accuse de corruption.

Peut-être est-ce vrai. Il s’en défend, mais peut-être Lula a-t-il effectivement eu le tort d’accepter que des entrepreneurs améliorent de beaucoup son logement. On le saura un jour mais la certitude est que si Dilma Rousseff et lui sont aujourd’hui traqués, vilipendés et conspués dans d’immenses manifestations de rue, c’est que les difficultés économiques de la Chine ont tiré les prix des matières premières à la baisse, que le Brésil s’en ressent durement et que la profondeur du mécontentement social donne aux partis de droite l’occasion d’une revanche tant attendue.

Prenons maintenant Podemos, devenu en une poignée d’années le troisième parti d’Espagne. Podemos, c’était un triomphe de la démocratie, l’improbable histoire de manifestations d’Indignés donnant naissance à un nouveau parti fourmillant de jeunes diplômés particulièrement brillants, européens convaincus et nullement extrémistes.

Seulement voilà, à peine devenu acteur de la scène politique, Podemos se fracture, exclusions et divisions, car certains de ses leaders sont favorables à une coalition de gouvernement avec les socialistes et que d’autres y sont hostiles.

Podemos est en recul dans les sondages et prenons enfin Syriza, la nouvelle gauche grecque d’Alexis Tsipras qui s’est résignée à l’austérité exigée par les créanciers du pays après avoir annoncé qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Alexis Tsipras demeure Premier ministre et plutôt populaire mais, dans les rangs de son parti comme parmi ses amis étrangers, la désillusion est grande.

Il y a deux conclusions à tirer de ces trois mésaventures. La première est que, nouvelle ou pas, dès lors que la gauche a renoncé aux révolutions et aux bains de sang qui s’ensuivent, elle doit se colleter avec la réalité des rapports de forces et de ces impondérables venant tordre le cou à l’horizon radieux d’un monde meilleur. Dès lors que la gauche se veut gestionnaire et non plus force morale, elle est condamnée à décevoir un jour et, souvent, se salir les mains.

Quant à la seconde conclusion de ces mésaventures, e lle est que la cruauté de la politique n’a pas de bornes car ces drames d’aujourd’hui ne sont rien à côté de Churchill chassé du pouvoir après guerre, de Mendès-France évincé par une cabale de médiocres ou de De Gaulle désavoué par le pays qu’il avait deux fois sauvé.

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