Où l'on voit que le président turc est prêt à tout pour éviter que son pays ne lui refuse les pleins pouvoirs

Les faits, d’abord ou les mots en l’occurrence. « Des guerres de religion pourraient bientôt, vont bientôt commencer en Europe », a estimé hier le ministre turc des Affaires étrangères pour lequel il n’y aurait « aucune différence » entre Geert Wilders, le chef de file de l’extrême droite néerlandaise, et les autres partis des Pays-Bas qui, pourtant, s’opposent à lui et viennent de contenir sa progression.

Le ministre voulait dire par là que les musulmans des Pays-Bas seraient aujourd’hui physiquement menacés et son président, Recep Erdogan, n’a rien dit d’autre en expliquant, hier encore, que l’arrêt par lequel la Cour de Justice européenne a estimé que des entreprises pouvaient interdire à leurs salariés le port d’insignes religieux et, donc, du voile musulman relevait d’une « croisade contre le croissant », c’est-à-dire contre l’islam dont il est le symbole.

On lit cela. On entend cela et l’on ne peut que se demander si les dirigeants turcs ont totalement perdu la raison puisque les élections néerlandaises ont, au contraire, permis la victoire des adversaires de l’extrême droite et que l’arrêt de la Cour de Justice ne fait que permettre à des entreprises de refuser une assimilation indirecte à une foi religieuse, quelle qu’elle soit.

On se pince mais le problème n’est évidemment pas que le président turc et son ministre des Affaires étrangères seraient devenus fous mais qu’ils mentent outrageusement car ils sont en proie à une totale panique.

A tort ou à raison, ils craignent en effet que, lors du référendum constitutionnel du 16 avril, les Turcs ne leur disent « non » au passage de leur pays à un régime présidentiel qui donnerait tous les pouvoirs ou presque à Recep Erdogan.

Les sondages donnent une crédibilité à cette hypothèse et, pour éviter qu’elle ne s’avère, le régime veut faire croire aux électeurs que la Turquie serait en butte à une hostilité des pays européens et que l’islam serait persécuté aux Pays-Bas, en Allemagne et dans toute l’Europe.

C’est une opération survie dans laquelle la diaspora turque des pays de l’Union a une place essentielle car, sur les deux cinquièmes des Turcs des Etats membres qui participent à leurs élections nationales, plus de la moitié, quelques 60% d’entre eux, votent habituellement pour l’AKP, le parti de Recep Erdogan.

Il s’agit de leur faire croire qu’ils seraient en danger et, pour cette poignée de voix qui pourraient faire la différence, le président turc et son gouvernement sont prêts à tout, y compris à compromettre leurs relations avec l’Union en disant n’importe quoi et traitant les Allemands et les Néerlandais de « nazis ».

Peut-être cela marchera-t-il.

Tout pronostic serait hasardeux, mais la certitude est que la Turquie est en train de s’isoler comme jamais, toujours plus coupée de l’Otan dont elle est membre, à des années lumière d’une entrée dans l’Union, en frictions syriennes avec l’Iran et avec pour seul ami M. Poutine qui ne peut pas lui apporter grand-chose.

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