Les frontières extérieures de l’Europe seront fermées aujourd’hui pour trente jours, une mesure à l’efficacité contestée, alors que d’autres frontières se ferment, unilatéralement, à l’intérieur même de l’Europe.

Policier allemand à la frontière franco-allemande : des contrôles filtrants ont été instaurés pour limiter les passages « non-essentiels » dans le cadre de la lutte contre le COVID-19
Policier allemand à la frontière franco-allemande : des contrôles filtrants ont été instaurés pour limiter les passages « non-essentiels » dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 © AFP / ELYXANDRO CEGARRA / NurPhoto

La symbolique est forte. Devenue l’épicentre de la pandémie de COVID-19, l’Europe fermera aujourd’hui ses frontières extérieures pour trente jours.

La mesure sans précédent est paradoxale, car c’est plutôt le reste du monde qui se méfie des Européens en pleine épidémie, et leur ferme ses portes, plutôt que l’inverse. 100 pays refusent désormais l’entrée aux Français, par exemple. Mais elle montre à quel point cette question des frontières est porteuse de plusieurs sens, difficiles à démêler.

Cette décision des 27 est d’autant plus complexe que ces derniers jours, les fermetures de frontières se sont multipliées, mais à l’intérieur de l’Union européenne, et même à l’intérieur de l’espace Schengen qui regroupe 22 des 27 pays de l’Union. 

Les décisions ont été unilatérales, ce qui est interdit par les traités, et ont isolé des pays de leurs voisins, comme la Slovaquie, ou, hier, l’Espagne. Même l’Allemagne filtre les véhicules venant de France. A l’Élysée, vendredi dernier, on s’agaçait d’un « repli désordonné ».

Le mois dernier, lorsque le nombre de cas a commencé à grimper en Europe, la fermeture des frontières a été demandée par les forces politiques -le Rassemblement national en France- qui en font un objet idéologique.

Les experts médicaux, ceux de l’Organisation mondiale de la Santé comme nationaux estimaient alors que ce n’était pas une mesure efficace, car le virus était déjà là. L’Italie a ainsi été le premier pays d’Europe a interdire les liaisons aériennes avec la Chine, ça ne l’a pas empêchée d’être la plus touchée.

Si ce n’était pas efficace il y a trois semaines, pourquoi donc le faire aujourd’hui ? S’agit-il réellement d’une mesure de santé publique, ou à portée psychologique, vis-à-vis de populations inquiètes d’un « ennemi invisible » qui passe aisément les frontières ?

Les décideurs politiques ne l’admettront sans doute pas, mais l’impact de la fermeture des frontières extérieures sera faible dans la lutte contre la pandémie. 

Sans doute y a-t-il les deux éléments, comme le dit très bien l’eurodéputé Pascal Canfin, président de la commission Santé publique au Parlement européen : « Il ne faut faire de cette question ni un totem que les populistes agiteraient pour prôner le nationalisme ; ni un tabou qui voudrait dire que l’on se confine partout, sans rien faire à la frontière ».

Entre barricades internes unilatérales, et forteresse externe coordonnées, l’Europe a clairement une nouvelle fois appuyé sur la touche pause du grand rêve d’Europe sans frontières de Jacques Delors. 

« Toute l’histoire de l’Europe, souligne le géographe Michel Foucher, c’est la transformation de lignes de front en paisibles frontières ». Le coronavirus aura fait renaître les vieux réflexes de hisser les pont-levis face à l’ennemi. Il y aura fort à faire pour redonner vie à l’esprit de Schengen et de la libre circulation une fois l’épidémie vaincue : la symbolique des frontières a la vie dure.

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