Gagny n’est pas Istanbul. Contrairement aux attentats contre les synagogues d’Istanbul, l’incendie, samedi, de cette école juive de Seine-Saint-Denis n’a pas fait de victimes mais, outre qu’il est tout aussi épouvantable de s’attaquer à une école qu’à des lieux de culte, ces deux crimes sont l’un et l’autre des crimes antisémites. Oh ! Bien sûr, le mot fait peur. On hésite à le prononcer par crainte de reconnaître une réalité détestable et dérangeante mais qu’est-ce que l’antisémitisme si ce n’est s’en prendre collectivement à des Juifs, non pas à des individus donnés pour telle ou telle raison, mais à des Juifs, indistinctement, parce qu’ils sont Juifs et supposés, pour cela, coupables d’un crime commun ? Sans remonter aux temps où ils étaient censés empoisonner les puits, les Juifs étaient, hier, des capitalistes pour les uns, des communistes pour les autres. Le bourgeois juif était ainsi coupable du communisme comme l’ouvrier juif du capitalisme. Aujourd’hui, c’est différent. L’accusation est différente, mais pour ceux qui perpètrent ces attentats, pour ces criminels, pour ces assassins, les Juifs, tous les Juifs, sont, par essence, des partisans d’Ariel Sharon, des défenseurs de sa politique d’œil pour œil, dent pour dent, donc des brutes sauvages, tous des misérables qui ne méritent que bombes incendiaires et voitures piégées - la mort. Non seulement cet antisémitisme-là s’est répandu dans le monde arabo-musulman, non seulement il contamine une partie des musulmans d’Europe, des plus jeunes d’entre eux surtout, mais il commence, aussi, c’est le plus effrayant, à rencontrer une forme de compréhension, voire d’acceptation, chez des sympathisants de la cause palestinienne. Car enfin les faits sont là. Il y a les attentats les plus sanglants. Chacun les condamne à part leurs organisateurs mais il y a aussi, cette gêne, ce presque silence avec lesquels on tend à accueillir les agressions moins graves et pourtant si nombreuses. On désapprouve, bien sûr, on n’aime pas mais, bon, que voulez-vous, avec cette guerre, avec ce Sharon… C’est fatal... Eh bien non ! Non et non ! Non car que dirait-on si au prétexte des attentats palestiniens en Israël, au prétexte que de jeunes musulmans français peuvent avoir de la sympathie pour eux, on attaquait des mosquées ou des musulmans en France ? On dirait, et l’on aurait raison, qu’il ne faut pas ajouter la violence physique aux passions politiques, qu’il ne faut pas importer la guerre mais la combattre et que le « si ce n’est toi, c’est donc ton frère » n’est pas la loi de la République mais de la barbarie. Non, en deuxième lieu, car il est de surcroît totalement faux que tous les Juifs du monde ou même leur majorité, que l’ensemble des Juifs de France ou de Turquie en l’occurrence, soutiennent la droite israélienne. Une grande partie la combattent et une majorité d’entre eux n’y adhèrent pas comme une grande partie des musulmans – il suffit de voir les réactions en Turquie – condamnent les attentats islamistes. Il est temps d’ouvrir les yeux, d’appeler un chat un chat et l’antisémitisme une abjection résurgente.

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