Georges Bush a été réélu. Yasser Arafat est mort. Tony Blair comme Jacques Chirac doivent se réaffirmer sur leurs scènes intérieures. L’unité européenne doit marquer des points sous peine que le projet de Constitution ne soit pas ratifié. A peu près tout, en un mot, a changé entre le moment où cette visite de Jacques Chirac à Londres a été programmée et son début, demain matin. Initialement, il ne s’agissait que de clore l’année du centième anniversaire de l’Entente cordiale, de ce tournant par lequel les deux grandes puissances d’alors, la Grande-Bretagne et la France, avaient décidé, dans leur rivalité, de préférer le dialogue à l’affrontement. En plein différent irakien, ce cérémonial avait été conçu comme un rappel de cette exigence mais l’actualité donne, maintenant, un tout autre contenu, un vrai, à cette visite. L’année prochaine, Tony Blair ne doit pas seulement convaincre les Britanniques de lui donner un troisième mandat. L’opposition conservatrice est dans une telle déliquescence qu’il devait y parvenir mais, outre que ce n’est pas certain, outre aussi que sa majorité sortira affaiblie de ce scrutin, Tony Blair devra, ensuite, gagner son référendum sur la Constitution européenne ou se démettre. Pour lui, c’est l’année de tous les dangers et le seul bon moyen de les parer serait de faire évoluer Georges Bush sur le conflit israélo-palestinien, de l’amener à réellement s’engager dans l’imposition d’un règlement de paix. Si Tony Blair y parvenait, il pourrait dire qu’il avait eu raison de vouloir garder l’oreille de la Maison-Blanche et faire ainsi oublier aux électeurs son engagement en Irak. C’est pour cela qu’il est allé expliquer, vendredi dernier, à Georges Bush qu’il fallait accorder la priorité des priorités à ce dossier. Georges Bush a acquiescé. Il a eu les mots qu’il fallait mais il est encore si peu certain que les actes suivent que Tony Blair a besoin là de l’Europe, d’une unanimité européenne pour faire pression sur la Maison-Blanche. Jacques Chirac, de son côté, et d’autant plus prêt à l’y aider qu’il a, lui aussi, un référendum européen devant lui et que la France et toute l’Europe sont bien évidemment d’accord avec Tony Blair sur l’urgence d’un règlement proche-oriental. Tout pousse la France et la Grande-Bretagne à s’épauler dans cette entreprise mais comment le faire sans que la persistance des divergences franco-britanniques sur l’Irak ne la contrarie ? Et comment trouver une voie médiane entre la France qui voudrait que l’Europe prenne l’initiative, bouscule les Etats-Unis comme elle l’a fait sur l’Iran, et la Grande-Bretagne qui voudrait, elle, que l’Europe pousse Georges Bush à s’engager mais sans risquer un bras de fer ? Entre Paris et Londres, cette communauté d’objectifs n’a pas encore créé d’accord sur la méthode. On bute toujours sur la nature des relations à entretenir avec les Etats-Unis et toute la question est de savoir si l’urgence internationale et les nécessités électorales pourront ou non combler l’écart. C’est l’enjeu de cette visite, de cette nouvelle recherche d’un rapprochement aussi indispensable au Proche-Orient qu’à l’Europe.

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