Jack Straw, le ministre britannique des Affaires étrangères, était entendu, hier, par le Parlement européen. Son intervention était attendue car son pays préside l’Union pour ce second semestre 2005 et que c’est l’intransigeance de Londres qui avait bloqué, en juin dernier, toute possibilité d’accord sur le budget de l’Union pour les années 2007-2013. Allait-il confirmer la disponibilité à un compromis que Tony Blair avait enfin laissé voir, fin octobre, durant le sommet d’Hampton Court ? Allait-il, au contraire, annoncer le durcissement que l’on pouvait craindre depuis que le Premier ministre s’est fait mettre en minorité aux Communes sur les questions de lutte contre le terrorisme et que sa marge de manœuvre intérieure s’en est trouvée réduite ? La réponse n’a été que trop claire. La Grande-Bretagne présentera une proposition début décembre, a dit Jack Straw aux députés européens, mais l’accord sera « extrêmement difficile », a-t-il ajouté en expliquant qu’il faudrait, pour le sceller, que des « changements significatifs » soient apportés aux idées avancées en juin par le Luxembourg. « Quand je dis changements significatifs, je veux dire changements significatifs », a-t-il insisté, indiquant par là que le Royaume-Uni n’accepterait pas plus qu’il y a six mois que soit réduit le rabais sur sa contribution budgétaire qu’il avait obtenu dans les années Thatcher. Le pessimisme l’emporte depuis dans les capitales européennes et le président de la Commission, José Manuel Barroso, ne l’a pas tempéré en déclarant que, faute d’un budget en décembre, « personne ne croirait que l’Europe est en mouvement », qu’on aurait « une vraie crise », et qu’on ne voyait pas comment ce qui n’aurait pas été possible le mois prochain le serait au printemps, sous présidence autrichienne. C’est vrai, mais que signifierait cette crise, concrètement parlant ? On en reviendrait alors aux budgets annuels abandonnés depuis la présidence Delors, dans les années 80. Ce serait une considérable régression car l’Union expédierait dans ces conditions les affaires courantes au lieu de lancer des politiques de long terme. L’Union roulerait en première et cela au minimum jusqu’en 2007, jusqu’à ce que les élections italiennes puis françaises aient redessiné le paysage politique européen. Il faudrait ensuite que les gouvernements en place retrouvent un souffle commun. Cela met en 2008, dans trois ans et, entre temps la terre aura beaucoup tourné. L’Europe aura pris encore plus de retard dans un siècle où tout la défie. Les perspectives ne sont, autrement dit, pas radieuses mais elles le sont si peu que la nouvelle chancelière allemande sera la semaine prochaine à Paris, dès le lendemain de son investiture, car la déconfiture politique de Georges Bush, l’échec de la présidence britannique et l’affaiblissement de Tony Blair sur sa scène intérieure resserrent les rangs franco-allemands. Parallèlement, les nouveaux membres, déçus par Londres et inquiets de la confusion américaine, tournent leurs regards vers l’Allemagne et la France. Des choses bougent en profondeur, peut-être porteuses d’espoirs.

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