Dans trois ans au plus tard, fin 2011, les troupes américaines auront quitté l’Irak. C’est la plus spectaculaire disposition de l’accord bilatéral entre Washington et Bagdad que le gouvernement irakien a finalement approuvé hier, après plus d’un an de négociations, mais ce n’est pas la seule. Dans l’intervalle, les troupes américaines seront placées sous contrôle des autorités irakiennes, ne pourront plus lancer ni raids ni perquisitions sans leur feu vert, devront se retirer des rues des villes et villages sous six mois et ne seront plus autorisées à procéder à des opérations dans les pays limitrophes, en clair l’Iran ou la Syrie, à partir du territoire irakien. Entamée en mars 2003, l’intervention américaine tire ainsi à sa fin. Elle pourrait même s’achever dès la fin du printemps 2010 si Barack Obama s’en tient à sa volonté de procéder à un retrait dans les dix-huit mois suivant son entrée en fonction mais il est loin d’être sûr que, les Américains partis, l’Irak connaisse la paix car les conflits qui se sont ouverts avec le renversement de Saddam Hussein seront toujours là. Le premier d’entre eux procède mécaniquement de l’intervention américaine car, en mettant fin à une dictature qui s’appuyait sur la minorité sunnite, les Etats-Unis ont donné le pouvoir à la majorité chiite, plus de 60% de la population irakienne, et totalement bouleversé, par là, les équilibres régionaux. Non seulement l’Iran chiite est maintenant flanqué, à sa frontière occidentale, d’un autre pays où domine la branche minoritaire de l’Islam, non seulement son influence régionale s’en est considérablement accrue mais, à la frontière sud de l’Irak, l’Arabie saoudite craint aujourd’hui que cette nouvelle donne n’enhardisse sa propre minorité chiite qui se trouve concentrée dans les zones les plus pétrolifères de son territoire. S’il ne s’accompagne pas de la négociation d’un nouvel équilibre régional, garanti par les Etats-Unis, entre chiisme et sunnisme, le retrait américain pourrait bien mettre face-à-face l’Iran et l’Arabie saoudite mais, aussi redoutable qu’il soit, ce problème n’est pas le seul. Dans une situation qui resterait troublée ou le serait encore plus, l’autre minorité irakienne, les Kurdes, pourrait renouer avec ses rêve d’indépendance et attiser, alors, en Iran, en Syrie et, surtout, en Turquie l’ambition séculaire de l’ensemble des minorités kurdes du Proche-Orient de former un Etat nation aux dépends des pays dans lesquels elles sont dispersées. Sur fond d’affrontements entre chiites et sunnites, un vrai réveil de la question kurde mettrait toutes la région à feu et à sang et compromettrait sérieusement l’approvisionnement pétrolier de l’ensemble de la planète d’où l’importance du troisième problème. Un retrait américain ne pourrait être porteur de paix que si un réel accord de partage du pouvoir et des richesses pétrolières était vraiment scellé d’ici là entre les trois composantes de l’Irak. Ce n’est pas fait et ne pourra pas se faire sans un compromis global entre l’Iran et les Etats-Unis – l’une des plus redoutables des tâches qui attendent Barack Obama.

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