C’est maintenant confirmé. Comme le bruit en courait depuis plusieurs semaines, comme ses porte-parole l’avaient laissé prévoir durant le week-end, l’Autorité palestinienne a entamé, hier, en commençant par l’Union européenne, ses premières démarches diplomatiques en vue de réunir assez de soutiens internationaux pour obtenir une reconnaissance par l’Onu d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Déçus de ce que les Etats-Unis n’aient pas fait plus de pressions sur Israël pour l’amener à arrêter la colonisation de la Cisjordanie comme la Maison-Blanche le lui demande, pourtant, depuis le printemps, les Palestiniens veulent ainsi mettre Barack Obama, et tous les Occidentaux avec lui, au pied du mur. Ou bien les Etats-Unis et l’Europe se donnent maintenant les moyens d’arracher, ensemble, à la droite israélienne cet arrêt complet de la colonisation auquel elle se refuse ou bien ils risquent de se trouver rapidement face à un nombre considérable de pays membres des Nations Unies qui reconnaîtraient l’Etat palestinien et demanderaient son admission à l’Onu. Une très subtile partie s’engage ainsi car, au-delà des mises en garde aussitôt lancées par les diplomaties américaine et française, au-delà des réticences qui vont sans doute se faire vite entendre dans toute l’Union européenne, il n’est pas du tout prouvé que les Occidentaux voient cette initiative palestinienne d’un si mauvais œil. Officiellement, ils déclarent que le meilleur moyen de parvenir à la naissance d’un Etat palestinien reste une reprise des négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne. Officiellement, ils désapprouvent car ils n’ont pas plus envie de faire bloc contre Israël avec l’ensemble du monde musulman et une large partie de l’Onu que de devoir faire usage de leur droit de veto pour bloquer une entrée de la Palestine au sein des Nations Unies mais, en fait, peut-être ne sont-ils pas totalement mécontents de pouvoir demander à Israël de les aider à l’aider en en faisant plus pour permettre une reprise de négociation. Côté israélien, on sent en tout cas le vent du boulet, on prend tout ce qu’il y a de plus au sérieux cette affaire et menace les Palestiniens, s’ils persistaient dans ce projet, d’annexer les colonies de Cisjordanie, d’en revenir aux restrictions les plus étroites imposées à la circulation dans les Territoires occupés ou encore de ne plus reverser les droits douane qu’Israël perçoit au nom de l’Autorité palestinienne. Sur le papier, Israël aurait tous les moyens de mettre ces menaces à exécution mais ce serait alors braver non plus seulement les Palestiniens mais l’ensemble des pays qui auraient reconnu la Palestine. Pour Israël, le jeu serait tellement risqué que les Travaillistes ont déjà déclaré qu’ils quitteraient le gouvernement et le feraient donc tomber si les colonies étaient annexées. Comme les Occidentaux seront tentés de le faire, les Travaillistes saisissent cette occasion pour faire pression sur Benjamin Netanyahu. Cette initiative palestinienne est si bien pensée politiquement qu’elle pourrait bien marquer, à terme, un vrai tournant.

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