La rigueur, oui, mais quelle rigueur ? Alors que des gouvernements d’union nationale anti-dette se mettent en place à Rome et Athènes, alors que les pays de la zone euro marchent vers une coordination de leurs politiques économiques et que la Commission européenne entend mieux surveiller les budgets des Etats membres dont les déficits dépassent les limites fixées par le pacte de stabilité, c’est la question qui se pose aujourd’hui, dans toute l’Union, car il y a rigueur et rigueur.

Autant il n’est pas, en Europe, de gouvernement, de grands partis ou de forces politiques pour considérer que la dette publique ne soit pas un problème et qu’il ne faille pas la réduire sans plus attendre, autant les avis divergent – et pas seulement entre droites et gauches mais au sein même des droites et des gauches – sur les moyens d’augmenter les recettes, de diminuer les dépenses et de ne pas augmenter les déficits en cassant toute croissance au nom de la nécessité de se libérer de l’endettement.

Les uns disent que l’Europe est allée trop loin dans la protection sociale, qu’il n’est plus possible de la maintenir aux niveaux atteints et qu’il faut donc la « réformer », c’est-à-dire la revoir à la baisse. Les autres considèrent que la domination des idées libérales au cours des trois dernières décennies a conduit les gouvernements à beaucoup trop réduire les impôts et à déséquilibrer, par là, les comptes publics qui ne le seraient pas tant, disent-ils, si la pression fiscale avait été maintenue aux degrés d’antan, notamment sur les grosses fortunes.

Ce sont les deux grandes positions qui s’opposent dans ce débat sur la rigueur mais ce n’est pas tout. Pour les uns, il ne faut pas revoir la protection sociale à la baisse mais la mettre sous condition de revenus pour qu’elle profite moins à des foyers qui n’ont pas besoin d’allocations familiales ou d’aide à la garde des enfants. D’autres proposent de la fiscaliser afin qu’elle ne pèse plus sur le travail et la croissance. D’autres encore voudraient augmenter la TVA afin d’alourdir le prix des importations sans alourdir celui des exportations et de lutter contre la concurrence déloyale des pays qui n’ont ni normes sociales ni normes environnementales. D’autres encore voudraient supprimer les niches fiscales, les exemptions de charges et mener une vraie guerre aux paradis fiscaux ce qui, disent-ils, rétablirait d’un coup les comptes publics.

Chacun avance ses arguments mais la certitude est qu’il n’y a pas de rigueur dans l’absolu mais des choix politiques à faire pour désendetter les nations européennes et des compromis sociopolitiques à négocier ensuite pour que ces choix soient acceptés par tous et mis en œuvre.

Cela signifie deux choses dont on est encore loin. La première est que ce débat doit être européen puisque les décisions seront européennes et qu’elles devront s’imposer à tous. La deuxième est qu’il n’y aura pas de rigueur mais seulement des troubles sociaux, des crises politiques et des montées aux extrêmes si les plus riches ne contribuent pas autant que les classes moyennes, et même plus, aux efforts nécessaires. L’Europe est en train de consolider son unité mais cet indispensable pas ne pourra pas être franchi dans l’iniquité sociale.

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Shimon Pérès

Le premier des trois débats

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