Il a symboliquement mais clairement claqué la porte. Parti dimanche matin d’Australie bien avant la clôture officielle du G-20, du sommet des 20 pays les plus riches du monde, Vladimir Poutine a ainsi signifié qu’il ne voulait plus s’y faire admonester sur l’Ukraine par les Occidentaux. Ce fut un moment de rupture mais où mène-t-il ?

Au pire, le président russe va maintenant donner l’ordre aux troupes qu’il a infiltrées en Ukraine orientale de passer à l’offensive et de créer une continuité territoriale entre la Crimée qu’il a annexée au printemps dernier et les régions que contrôlent aujourd’hui les sécessionnistes pro-russe avec l’appui de l’Armée rouge. Qu’elles aient ou non reçu des assurances à cet égard, les capitales européennes ne semblent pas croire à ce scénario parce qu’il précipiterait l’imposition de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, que l’économie russe aurait beaucoup à en souffrir et que Vladimir Poutine, surtout, ne pourrait alors plus continuer à nier que ses troupes ont bel et bien pénétré en territoire ukrainien.

L’autre scénario serait donc le statu quo. Les régions orientales de l’Ukraine s’installent dans une sécession de fait, sans reconnaissance de leur indépendance par la Russie mais avec son soutien économique et militaire. La Crimée demeure annexée et les relations entre la Russie et les Occidentaux passent d’un grand froid à une période de glaciation. Pour les Etats-Unis, ce ne serait pas une catastrophe car leurs échanges économiques avec la Russie ne sont pas décisifs mais ils n’en courraient pas moins le risque de perdre tout soutien diplomatique de Moscou, notamment dans les négociations nucléaires avec l’Iran, ce qui causerait beaucoup de problèmes à Washington comme au reste du monde.

Pour l’Europe, en revanche, la situation serait difficile. Outre que la possibilité d’un accord de coopération et de stabilité entre l’Union européenne et la Fédération de Russie, entre les deux piliers du continent Europe, serait remise aux calendes grecques, l’Union comme la Fédération auraient tout à y perdre.

L’Union y perdrait un marché d’importance pour ses industries et toute assurance sur la sécurité de ses approvisionnements énergétiques. La Russie serait, elle, condamnée à se mettre dans la main de la Chine, autrement plus développée qu’elle et plus de dix fois plus peuplée. Ce serait une très mauvaise chose pour ces deux parties du continent qui auraient tout intérêt, au contraire, à se rapprocher mais on ne voit plus comment éviter ce gâchis car Vladimir Poutine ne peut pas plus reculer que l’Union européenne ne pourrait accepter qu’il continue de fragmenter l’Ukraine par la force.

A ce stade, il faudrait que l’Union et la Fédération se trouvent des médiateurs, secrets de préférence, et cherchent à définir un compromis sur l’Ukraine passant par sa neutralité. C’est ce qu’il faudrait au moins tenter mais ce n’est pas ce qui paraît s’annoncer.

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