La diplomatie, c’est deux choses. C’est, d’abord, s’escrimer à concilier les contraires. C’est l’art du compromis et c’est également celui de faire de l’adversité un atout, de transformer ses blessures en force.

Nous sommes, autrement dit, dans un double moment diplomatique car, enfin, regardons ce qui se cherche autour de la Syrie et comment François Hollande voudrait faire rebondir la France après les tueries qui l’ont frappée.

Depuis un mois, toutes les puissances directement ou indirectement impliquées dans le conflit syrien cherchent ensemble les moyens d’y mettre fin. Réunis à Vienne, pour la troisième fois samedi dernier, il y a les Occidentaux et les Russes, l’Iran chiite et les mondes sunnites, tout à la fois des soutiens de Bachar al-Assad et des pays qui veulent le voir sortir de scène soit parce qu’il est un allié de l’Iran, soit parce qu’ils le considèrent, comme la France, comme un obstacle à la paix.

Il n’y a pas, a priori, de positions plus inconciliables mais ces discussions, pourtant, se poursuivent et avancent car les Russes ont maintenant réalisé que Bachar al-Assad était trop affaibli pour qu’ils puissent encore le sauver. Ce qu’ils jouent désormais, c’est la seconde carte que leur offrait leur intervention militaire, celle de revenir, avec tous les honneurs, à la table des grands en se faisant les artisans d’un compromis qui finirait par escamoter le président syrien sans leur faire faire perdre la face.

Américains et Saoudiens accompagnent ce tournant car ils ont bien compris, de leur côté, qu’après s’être mis dans la main des Russes, Bachar al-Assad devrait partir sitôt qu’ils le décideraient.

C’est ainsi que la conférence de Vienne vient d’accoucher d’une feuille de route prévoyant l’ouverture de pourparlers entre l’insurrection et le régime syriens, un cessez-le-feu puis des élections auxquelles Bachar al-Assad - on ne le dit pas - pourra ou ne pourra pas être candidat et les attentats de Paris, perpétrés la veille de ces troisièmes discussions de Vienne, ont précipité cette tension diplomatique vers un règlement en imposant l’urgence d’un union, contre Daesh, de toutes les forces régionales et internationales.

D’abord méfiante, la France joue elle aussi le processus de Vienne. Elle le fait depuis qu’il a pris tournure et maintenant qu’il est le président d’un pays si cruellement endeuillé par Daesh, maintenant qu’il a tous les titres à le faire, François Hollande s’est résolu - il l’a annoncé hier - à aller à Washington et Moscou appeler à un front commun contre les djihadistes mais à un front qui concentrerait tous ses coups, ceux de la Russie compris, sur Daesh et ne s’en prendrait plus, comme la Russie le fait aujourd’hui, à ceux des insurgés que la conférence de Vienne, Russie comprise, souhaite voir négocier avec le régime. Faisant de l’adversité un atout, il veut prendre la Russie aux mots et faire ainsi de la France blessée l’artisan d’un grand retournement international, contre Daesh.

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