Barack Obama fait ses adieux à l’Europe.

Après la Grèce où il était arrivé avant-hier, il est aujourd’hui en Allemagne et le choix de ces deux pays en dit long sur l’état du monde.

Pourquoi la Grèce, fragile et petit pays ? Parce qu’elle est le berceau de la démocratie, a-t-il rappelé, et parce que l’Union dont elle est membre, envers et contre tout, malgré toutes ses difficultés économiques, n’est « pas seulement bonne, a-t-il dit, pour les peuples d’Europe mais bonne pour le monde et bonne pour les Etats-Unis ». D’Athènes, Barack Obama est autrement dit venu nous dire, à nous autres Européens, que nous devions défendre la démocratie bec et ongles dans une période où tout la menace, que nous devions la défendre contre un colère aveugle et ce « profond sentiment d’injustice » que nourrit l’accroissement des disparités sociales depuis la mondialisation de l’économie.

Il n’a pas prononcé le nom de son prochain successeur. Il n’a pas non plus fait allusion à la montée des nouvelles extrêmes-droites européennes mais c’est évidemment cette vague sur laquelle Donald Trump a surfé qu’il avait en tête, ce ressentiment social qui fait le succès des démagogues et vendeurs d’illusions et de haine. Attention, nous a-t-il dit ! Serrez les rangs, a-t-il martelé, comme s’il en était arrivé à considérer que l’Europe plus que les Etats-Unis du 8 novembre était devenue le bastion de la démocratie.

Cela vaut d’y réfléchir mais pourquoi l’Allemagne, l’Allemagne et pas la Grande-Bretagne, alliée traditionnelle des Etats-Unis, ou la France qui est pourtant, sur tous les fronts, à l’avant-garde de la lutte contre le fanatisme islamiste ? Tristement et douloureusement simple, la réponse est évidente.

Elle est que la Grande-Bretagne a choisi de se retirer de l’Union au moment même où il faudrait la renforcer et que la France est affaiblie par son recul économique, l’ampleur de ses divisions politiques et la montée du Front national, d’un parti qui voudrait tourner le dos à l’unité de l’Europe et voit dans le rejet de l’immigration la solution à tous les problèmes du jour.

C’est en Allemagne, dans l’Allemagne de Mme Merkel qui s’apprête à bientôt briguer un quatrième mandat, que Barack Obama voit encore l’espoir d’une Europe assez forte pour se garder de l’extrémisme et défendre la démocratie. Le président américain fera aussi ses adieux aux autres dirigeants européens, mais c’est dans la capitale allemande qu’il leur dira au revoir, dans une capitale qu’il considère visiblement comme celle de l’Europe.

Or c’est le cas.

Un français n’aime pas le dire mais Berlin n’est pas seulement la capitale de la première puissance économique de l’Union.

Comme Paris au début du siècle dernier, Berlin est également la ville vers laquelle convergent aujourd’hui les meilleurs artistes du monde. Berlin est aussi la capitale culturelle de l’Union et c’est surtout celle du pays qui, dans le drame des réfugiés syriens, se montre, et de loin, le plus à la hauteur des idéaux et des valeurs dont l’Europe se réclame. Si Barack Obama a voulu y faire ses adieux à l’Europe, c’est quelle est indiscutablement, oui, sa capitale.

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