Libérateur du Zimbabwe, Robert Mugabe en était devenu le tyran brutal et pathétique

Il a 93 ans dont 37 ans de pouvoir ininterrompu. Sans l’avoir formellement renversé par crainte des réactions du reste de l’Afrique où les coups d’Etat militaires n’ont plus du tout bonne presse, son armée s’est emparée du pouvoir il y a trois jours afin, dit-elle, de chasser les « criminels » entourant Robert Mugabe, président du Zimbabwe. 

La cible des généraux est en réalité plus restreinte que cela. 

C’est essentiellement Grace Mugabe qu’ils visent, l’épouse du président, redoutable intrigante de 52 ans surnommée « la Première acheteuse », « Gucci Grace » ou, plus simplement, « la Disgrâce » et qui avait si bien conçu de lui succéder qu’elle venait de lui faire éliminer le militaire qui aurait dû prendre sa relève, le jour venu. C’en était trop pour l’armée qui essaie maintenant d’arracher à Robert Mugabe une démission qu’il refuse de signer puisque c’est aux électeurs, explique-t-il, de trancher lors de la présidentielle de 2018 à laquelle il compte bien se représenter. 

C’est un spectacle pathétique, l'inéluctable, lent et pénible naufrage d’un homme qui avait longtemps été un héros de l’Afrique, presque autant applaudi et révéré de par le monde que l’a été Nelson Mandela car… 

Un peu d’Histoire.

Le Zimbabwe, c’est l’ancienne Rhodésie, une colonie britannique à l’agriculture florissante dont les propriétaires terriens, des Blancs, avaient déclaré l’indépendance en 1965 afin d’en garder le contrôle, contre la majorité noire. Sous la conduite de l’un des leurs, Ian Smith, ils espéraient ainsi résister au mouvement de décolonisation en le détournant à leur profit. 

Ce n’était plus la métropole contre la colonie mais, directement, cartes sur table, les Blancs contre les Noirs, dans une bataille où Londres avait pris le parti de la majorité noire contre la minorité blanche. Cela aurait pu se terminer dans un bain de sang mais le chef de file des indépendantistes, Robert Mugabe, avait su négocier avec les plus réalistes des Blancs, leur promettre une pleine citoyenneté et organiser une transition pacifique en 1980, il y a 37 ans. 

Seulement voilà le pouvoir absolu corrompant absolument, ce sage a perdu la tête. Il est devenu dictateur et lorsqu’un dirigeant syndical noir, Morgan Tsanvigaraï, s’est allié aux grands propriétaires blancs pour le contester par les urnes, il a exproprié les fermiers blancs dont les exploitations sont tombées en ruine et brutalement réprimé ses opposants politiques et syndicaux. 

Ian Smith avait alors tendu, sur le toit de sa ferme, une banderole proclamant : « Je vous l’avais bien dit ». Aussi détestable qu'ait été son propre régime, Ian Smith  l’avait en effet dit et depuis 17 ans le Zimbabwe descendait l’une après l’autre les marches de l’enfer, jusqu’à ce coup d’Etat qui n’ose pas dire son nom mais, oui, tourne une page.

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