La France ne cède pas. Elle refuse qu’une résolution de l’Onu sur la reprise des inspections en Irak puisse permettre aux Etats-Unis, fût-ce entre les lignes, de décider seuls d’une intervention militaire contre Saddam Hussein. La France veut, et le martèle, qu’une décision de cette importance reste entre les mains du Conseil de sécurité et non seulement la France s’oppose ainsi aux Etats-Unis, leur oppose une résistance politique acharnée depuis plus d’un mois, mais elle vient aussi de hausser le ton. « La région, déclarait hier Jacques Chirac au cours de sa visite en Egypte, n’a pas besoin d’une guerre supplémentaire si on peut l’éviter ». La France, ajoutait-il, est « tout à fait hostile » à la possibilité d’un recours automatique à la force contre l’Irak et prendrait, s’il le fallait, « ses responsabilités en tant que membre du Conseil de sécurité ». Jacques Chirac a, autrement dit, agité, hier, la menace d’un veto français, d’une abstention en tout cas, d’une vraie rupture avec les Etats-Unis, s’ils persistaient à vouloir faire adopter un texte de leur façon par l’Onu. Le message était clair. Ne comptez pas que nous reculions, a dit par là le Président de la République et cela ne manquait ni de panache ni de raison car il y faut du courage et que ce courage est nécessaire tant il serait catastrophique que les Etats-Unis en viennent à une intervention préventive et unilatérale, à la mise en pratique du droit du plus fort. Oui, très bien donc, parfait mais, en même temps… malaise. Malaise car les mots et les guérillas au Conseil de sécurité ne suffisent pas. Au bout du compte, si Georges Bush veut aller renverser Saddam – et rien n’indique qu’il ait changé d’avis – il le fera, panache français ou pas. Il le fera parce qu’il en a les moyens, parce que le Congrès américain l’y a autorisé et que personne au monde ne peut l’en empêcher. Cela peut avoir un prix politique pour les Etats-Unis. Cela en aurait un mais s’ils sont disposés à le payer, s’ils y voient moins d’inconvénients qu’à ne pas intervenir, ils interviendront car ils n’ont pas de contrepoids sur la scène internationale. Au-delà du panache et de la justesse d’une position, la France ne fait là que rejouer de Gaulle, que le rejouer mais sans la possibilité qu’il avait de jouer la troisième force entre l’URSS et les Etats-Unis. Les temps ont changé. C’est aujourd’hui la deuxième force qu’il faudrait jouer, l’Europe, l’Europe politique, l’Europe puissance, une Europe qui veuille et puisse se hisser au niveau de puissance des Etats-Unis mais de cela, Jacques Chirac, comme hier Lionel Jospin, ne veut pas. Ce n’est au moins pas sa priorité puisqu’il n’y a pas, les faits sont là, de position claire de la France sur les futures institutions de l’Europe élargie. La France pourrait non seulement donner un nouvel élan à l’Europe mais en reprendre aussi la tête en élaborant une position commune avec l’Allemagne. Elle ne le fait pas car elle devrait alors composer avec le fédéralisme des Allemands, avec des idées réitérées hier à Berlin, alors qu’elle veut, comme les Britanniques, conserver tout le pouvoir aux Etats. Le panache, c’est bien. Un sabre un plus, ce serait mieux.

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