Ni les Allemands ni les Français ne sont contents de leur vote. Ce soutien qu’ils ont finalement accordé à la nouvelle résolution américaine sur l’Irak, ils ne l’ont donné que contraints et forcés, non pas parce qu’elle répondait à leurs vœux mais parce qu’ils ne voulaient pas se retrouver seuls à s’abstenir au conseil de sécurité, en compagnie de la Syrie qui plus est, sur un texte qu’ils ne jugeaient pas satisfaisant, mais pas inacceptable non plus. Jusqu’au dernier moment, jusqu’au milieu de la nuit de mercredi à jeudi heure de New York, le petit matin, hier, en Europe, Gerhard Schröder et Jacques Chirac avaient espéré que Vladimir Poutine continuerait, comme depuis les débuts de cette crise, à se tenir à leurs côtés. Ils n’en étaient pas certains. Les signaux venant de Moscou étaient contradictoires mais la messe n’était pas dite, il demeurait possible que la Russie, comme la France et l’Allemagne, veuille s’abstenir pour marquer l’insuffisance de ce texte qui ne fixe de date ni à l’adoption d’une constitution irakienne, ni à l’organisation d’élections, ni moins encore à un retour à la souveraineté irakienne, priorité de Paris et Berlin. Russie, donc, ou pas Russie ? A New York, la réunion du Conseil de sécurité - le vote - était repoussé d’heure en heure, à la demande du Kremlin qui négociait chaque virgule avec les Américains. La nuit est passée. Les Russes ont obtenu quelques changements cosmétiques, rien sur le fond mais des modifications sémantiques. Une téléconférence était prévue pour la fin de matinée entre le Chancelier allemand et les Présidents russe et français. Gerhard Schröder et Jacques Chirac s’étaient fixé une ligne de conduite. S’il apparaissait que Vladimir Poutine s’était rallié au « oui », ils essayaient, malgré tout, de maintenir avec lui un front commun en lui proposant que leurs trois pays assortissent leurs voix d’une explication de vote commune soulignant les manques du texte américain. Ainsi fut fait car, outre que la France et l’Allemagne ne voulaient pas paraître isolées, cette solution convenait parfaitement à Vladimir Poutine qui tenait à rester à équidistance de Washington d’un côté, Paris et Berlin de l’autre. Bilan de ces marchandages ? La Russie est ravie. Sa cote remonte à la Maison-Blanche. Elle reste en bons termes avec les Allemands et les Français. Elle se sent indispensable, courtisée, ménagée par tous. Les Américains exultent puisqu’ils ont réussi à réunir derrière eux l’unanimité du Conseil de sécurité, leur premier succès depuis l’éphémère euphorie qui avait suivi la prise de Bagdad. Quant à Gerhard Schröder et Jacques Chirac, pas du tout ravis, bien sûr, d’avoir dû faire la part du feu, ils se satisfont, pourtant, de deux évolutions de fond. La première est que, si les Américains se sont conservés l’entière décision en Irak, ils ont tout de même fait des pas vers l’Onu, la France et l’Allemagne en mettant un accent nouveau sur le rôle des Nations-Unies et l’urgence de l’émergence d’un pouvoir irakien. La seconde est que, difficultés aidant, le ton change à Washington, que les diplomates y ont repris la main sur les idéologues et que c’est ce changement qui a permis de reformer une bien relative, mais nécessaire, unité du Conseil de sécurité.

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