Les résultats sont encore à venir mais, même si le « non » devait finalement l’emporter, les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce vote, constituent à elles seules une bonne nouvelle pour l’Irak et le monde . Il est rassurant que plus des trois cinquièmes des inscrits, 61% d’entre eux selon les premières projections, aient jugé nécessaire de se rendre aux bureaux de vote, qu’ils ainsi bravé les menaces d’attentats et que les mesures de sécurité prises depuis vendredi aient pu empêcher que le sang ne coule. Dans le cas contraire, si la participation avait été faible et que les bombes avaient été nombreuses, la situation aurait été franchement désespérée mais ce vote marque-t-il pour autant un tournant ? Ce n’est pas acquis, et loin de là car, dans ce référendum, chacune des trois communautés irakiennes, kurde, chiite et sunnite, est allée défendre des intérêts divergents. Largement majoritaires puisqu’ils constituent 60% de la population, les chiites voulaient que cette Constitution passe car, en instaurant la loi de la majorité, celle de la démocratie, elle leur promet les commandes du pays - un pouvoir dont les sunnites les avaient jusque là privé. Les Kurdes, 20% de la population, voulaient pour leur part que le principe fédéral inscrit dans ce texte constitutionnalise l’autonomie dont ils bénéficient de fait depuis que les aviations américaine et britannique avaient sanctuarisé leurs régions, il y a quinze ans, à l’issue de la première guerre du Golfe. Quant aux 20% restants de la population, les sunnites, c’est dans une intention exactement inverse qu’ils sont également allés voter. Ils espéraient, eux, pouvoir bloquer ce texte dont ils ne veulent pas en utilisant une disposition de la loi électorale qui dit que si deux tiers des votants choisissent le « non » dans trois régions au moins, le « non » l’emporte même s’il est majoritaire à l’échelle nationale. Minoritaires, les sunnites disposaient par là d’un droit de veto et c’est ce droit, cette garantie qui leur avait été donnée, qu’ils ont voulu faire jouer parce qu’ils craignent de tout perdre avec cette Constitution fédérale car leurs régions, contrairement à celles des Kurdes et des chiites, sont dépourvues de pétrole. On saura d’ici demain s’ils y sont parvenus. Les premières indications laissent penser que non car les plus modérés d’entre eux s’étaient décidés, en début de semaine, à la dernière minute, à appeler au « oui » après avoir obtenu que le Parlement qui sera élu le 15 décembre puisse amender ce texte. La barre des deux tiers de « non » dans trois régions devrait, en conséquence, n’avoir pas été atteinte. On verra mais, en tout cas de cause, ce taux de participation n’est pas l’expression d’un consensus mais de l’ampleur des désaccords entre communautés. Le fait positif est que ces désaccords aient pu s’exprimer par les urnes et non par la violence. C’est un considérable progrès. Il y a là une promesse mais elle n’esquisse pas de sortie de crise car la méfiance entre les communautés ne cesse de croître et que les idées et les forces de compromis sont encore à trouver.

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