Les tueries irakiennes sont depuis si longtemps si quotidiennes qu’elles ne font plus l’actualité. Cent morts par jour en moyenne, estimait récemment un rapport de l’Onu, mais leur addition a fini par créer un tel malaise aux Etats-Unis que Georges Bush a décroché, hier, son téléphone. Il n’est pas vrai, a-t-il dit au Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, que l’Amérique donnerait maintenant deux mois au gouvernement de Bagdad pour rétablir l’ordre faute de quoi elle rappellerait ses troupes. « Ignorez les rumeurs. Ne vous inquiétez pas, vous avez notre total soutien », lui aurait-il déclaré selon son porte-parole mais ce démenti présidentiel aura peu de chances d’avoir rassuré le Premier ministre tant l’aventure irakienne est maintenant contestée à Washington, jusque et y compris au sein de la majorité républicaine. Revenant d’Irak, le sénateur Warner, président de la Commission des forces armées, avait ainsi estimé, le 5 octobre, que ce pays « partait tout simplement à la dérive » et souhaité que les Etats-Unis changent de cap si la situation n’évoluait pas sous deux à trois mois. Avant-hier, alors que tombaient les nouvelles sur d’épouvantables massacres entre chiites et sunnites dans la région de Balad, à 75 kilomètres de Bagdad, le sénateur a réitéré ses propos en observant qu’on avait assisté depuis à une « augmentation exponentielle du nombre d’assassinats ». Ce même dimanche, un autre sénateur républicain, Chuck Hagel, déclarait, lui : « Nous devons trouver une nouvelles stratégie, une porte de sortie de l’Irak, car le Moyen-Orient tout entier est plus explosif qu’il ne l’a probablement jamais été depuis 1948. Le peuple américain, ajoutait-il, ne va pas continuer à soutenir une politique qui place les troupes américaines au cœur d’une guerre civile ». Plus significatif encore le Los Angeles Times écrivait, hier, que la commission spéciale sur l’Irak créée par le Congrès avec l’approbation de la Maison-Blanche s’apprêterait à proposer un changement total de stratégie en Irak. Présidée par James Baker, le secrétaire d’Etat de l’ancien Président Bush, le père de l’actuel, cette commission prônerait soit un retrait par étapes des troupes américaines soit la participation de l’Iran et de la Syrie à un effort conjoint d’arrêt des violences. Cette idée de faire appel à l’Iran et, du même coup, de négocier directement un grand deal régional avec Téhéran court depuis plusieurs mois à Washington. Bien loin d’être encore acceptée, elle fait pourtant son chemin car beaucoup de personnalités américaines ne voient plus aujourd’hui d’autres moyens de régler la question du nucléaire iranien et de faire baisser la tension au Proche-Orient, non seulement en Irak mais aussi en Palestine. En attendant, Saddam Hussein vient d’adresser, de sa prison, une lettre ouverte aux Irakiens. « L’heure de la libération est proche », leur dit-il en exhortant les « soldats de Dieu » à « la clémence ».

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