Faut-il vraiment créer en Europe un nouvel Etat, le Kosovo, moins grand que l’Ile-de-France et largement tenu par des partis qui ressemblent plus à des mafias criminelles qu’à des formations politiques ? A cette question, les diplomates occidentaux, européens et américains, répondent par un soupir avant d’ajouter : « Il n’y a pas d’autre solution ». Le département d'Etat vient de le redire hier. C’est le credo occidental car, depuis que l’Otan est intervenue en sa faveur en 1999, allant jusqu’à bombarder Belgrade pour l’amener à en retirer ses troupes, cette province de la Serbie s’est, de fait, installée dans l’indépendance. A 90% peuplée d’Albanais et vivant, depuis huit ans, sous mandat international, le Kosovo ne se veut ni ne se voit d’autre avenir. C’est une volonté nationale, quasiment unanime, une aspiration historique devenue revendication brûlante, et les Occidentaux ne veulent donc pas se retrouver dans la situation d’avoir à contrer la majorité albanaise de ce territoire, éventuellement par la force, après être entrée en guerre pour la protéger. C’est ainsi, c’est comme ça, va-t-on répétant à Washington comme dans les capitales européennes mais c’est paradoxalement ce fatalisme qui ne laisse pas d’autre choix aux Occidentaux qu’une option, pourtant, qui ne les réjouit nullement. Ils savent qu’une reconnaissance de l’indépendance kosovare constituerait une violation de toutes les lois internationales car, quelle que soit la réalité des aspirations de cette population, le Kosovo est partie intégrante de la Serbie qui a droit, comme tout Etat, au respect de son intégrité territoriale. Non seulement les Occidentaux savent que, juridiquement parlant, ils seraient alors dans leur tort mais ils n’ignorent pas non plus qu’ils risqueraient de créer, là, un dangereux précédent puisqu’il permettrait à beaucoup de minorités nationales de s’en prévaloir de par le monde et que la Russie, surtout, n’aurait alors plus aucune raison de ne pas encourager et reconnaître la sécession, notamment en Géorgie, de plusieurs des régions des anciennes Républiques soviétiques devenues indépendantes. Plus inquiétant encore, une indépendance du Kosovo pourrait être un jour susceptible, en Europe même, de ranimer les guerres des Balkans car la minorité serbe de Bosnie et la minorité albanaise de Macédoine pourraient vouloir suivre cet exemple. Plus immédiatement encore, les Occidentaux risquent ainsi de prêter la main aux partis les plus nationalistes de Serbie, à son extrême droite, et de jeter ainsi ce pays dans les bras de la Russie qui soutient Belgrade. Les Occidentaux n’ignorent rien de tout cela mais comme ils sont marqués par le honte d’avoir laissé faire le massacre de Srebrenica et que leur hantise est de devoir faire face à une insurrection des Kosovars albanais, ils ont imaginé de brandir la menace d’une reconnaissance de leur indépendance afin, espéraient-ils, de la faire accepter par la Serbie. Résultat, les Albanais refusent tout compromis, alors même que les Serbes seraient prêts à accepter qu’ils aient tous les apanages de l’indépendance sauf un siège aux Nations Unies. Cette histoire est celle de la création d’une crise et elle est consternante.

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