On peut avoir deux lectures du Conseil européen qui s’est achevé hier. Dans la première, l’Union européenne y a, une fois de plus, étalé ses divisions puisque deux de ses membres ont laissé voir leur opposition à l’application des mesures proposées par la Commission sur le climat et l’énergie tandis qu’un clivage est apparu sur l’idée d’un plan européen de relance économique, défendue par les uns, dont la France, et vivement rejetée par d’autres, dont le Luxembourg. A l’heure où la récession s’annonce, cela sentait fort le chacun pour soi et la lutte contre le réchauffement climatique pour des jours meilleurs mais l’autre lecture possible est radicalement différente. On peut tout aussi bien dire que, divergences et atermoiements ou pas, ce Conseil a non seulement entériné le plan de soutien au secteur bancaire défini par les pays de l’eurozone, mais qu’il a également approuvé la proposition française d’une conférence internationale sur la refondation du système financier mondial, qu’il a ainsi mandaté Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso pour aller la défendre, samedi, auprès de Georges Bush et qu’il a exprimé, enfin, la détermination des 27 à « prendre les mesures nécessaires pour soutenir la croissance et l’emploi » et « préserver la compétitivité internationale de l’industrie européenne ». Si cela ne s’appelle pas l’ébauche d’une politique économique commune de l’Union et l’émergence d’une puissance politique décidée à parler d’égal à égal avec les Etats-Unis, on ne voit pas, dans cette seconde lecture, comment cela s’appelle. L’une et l’autre de ces lectures sont justes, l’une et l’autre appuyées sur des faits mais l’une, la seconde, est autrement plus importante que l’autre car il n’y a rien de nouveau ni de surprenant dans le fait que des gouvernements de l’Union soient plus libéraux, ou dirigistes, que les autres et que certains des Etats membres aient plus à souffrir que d’autres de mesures de protection de l’environnement. C’est la réalité économique et politique. C’est la loi de tout ensemble réunissant des pays proches mais divers. Ce sera toujours ainsi. C’est pour cela que l’Union reposera toujours sur des compromis ardus mais cela ne saurait masquer le tournant pris à Bruxelles. Face à une crise financière venue des Etats-Unis, toute l’Union – Grande-Bretagne comprise, voire en tête – veut maintenant imposer de nouvelles règles internationales à l’Amérique. Face aux difficultés économiques qui se profilent, les 27 veulent défendre ensemble la croissance et la compétitivité européennes, même si l’idée d’un plan de relance commun continue à sentir le souffre pour plusieurs d’entre eux. Dans cette tourmente enfin, la nécessité de sortir des présidences semestrielles tournantes et de doter l’Union d’un vrai président, mandat de deux ans et demi renouvelable, a été réaffirmée avec la force de l’évidence par tous les gouvernements qui veulent de nouvelles institutions. Nécessité faisant loi, les choses bougent vite et beaucoup dans l’Union. Des dogmes tombent et il y a de vraies chances que la crise économique, au lieu de freiner ce mouvement, l’accélère.

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