C’est une incroyable histoire, un mauvais roman qui dresse comme jamais les Occidentaux et l’Arabie saoudite contre l’Iran, pays plus isolé, inquiétant et opaque que jamais.

Aussitôt relayée par Barack Obama en personne, la justice américaine accusait mardi dernier les autorités iraniennes d’avoir fomenté une tentative d’assassinat contre l’ambassadeur saoudien à Washington. A en croire les accusations américaines, deux agents iraniens, dont l’un est aujourd’hui détenu aux Etats-Unis, auraient pris contact avec les cartels mexicains de la drogue pour leur proposer un « contrat », comme on dit, sur cet ambassadeur connu pour être l’une des personnalités saoudiennes les plus en pointe dans la dénonciation du programme nucléaire de la République islamique. Les services américains auraient eu vent de cette affaire dès le début de l’été car l’homme auquel se seraient adressés les agents iraniens travaillait secrètement pour les Etats-Unis – aurait été un infiltré qui aurait immédiatement averti ses supérieurs sur l’ordre desquels il aurait feint un intérêt afin de pouvoir en savoir plus et réunir des preuves.

Les autorités américaines auraient ainsi un dossier solide contre l’Iran, assez solide en tout cas pour que, dès le lendemain de ces révélations, les Etats-Unis aient pris contact avec les représentants permanents à l’Onu des pays membres du Conseil de sécurité et dépêché des « responsables de haut rang » en Chine, en Turquie et en Russie. Jeudi, Barack Obama affirmait que l’agent détenu aux Etats-Unis, un citoyen américain d’origine iranienne, avait « des liens directs avec des individus au sein du gouvernement » de la République islamique, était « payé » par eux et « recevait ses ordres » d’eux. Nous sommes déterminés, ajoutait-il après un entretien téléphonique avec le souverain saoudien, à « poursuivre la mobilisation de la communauté internationale afin que l’Iran paie le prix d’un tel comportement ».

L’Arabie saoudite vient de saisir le Conseil de sécurité. L’Iran dément tout en bloc mais si rocambolesque que paraisse cette affaire, il n’est nullement exclu qu’elle soit vraie car l’Iran a derrière lui une longue histoire de manipulations terroristes.

La République islamique risque ainsi de devoir faire face à une très large réprobation internationale alors même que les sanctions déjà prises contre elle en raison de son programme nucléaire font sentir leurs effets sur son économie, que son seul allié régional, le régime syrien, est en difficultés et que les conservateurs au pouvoir se déchirent publiquement. Il ne se passe plus une semaine à Téhéran sans que le Guide suprême, Ali Khamenei, et le président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, ne s’opposent directement ou indirectement car, apparemment impressionné par le printemps arabe, Mahmoud Ahmadinejad, souhaitait depuis plusieurs mois desserrer l’emprise du clergé sur l’appareil d’Etat et détendre les relations avec les Etats-Unis. C’est de cette bataille que l’affaire saoudienne pourrait être née. Elle bloque, en tout cas, les velléités d’ouverture de Mahmoud Ahmadinejad et ne fait que commencer.

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