Dans un tel débat, plus encore que les mots, les visages en disent beaucoup. Au début de ce deuxième duel télévisé entre les candidats à la Maison Blanche, Mitt Romney avait les traits détendus et le sourire large et confiant. Barack Obama était au contraire tellement concentré qu’il en semblait tendu et comme fermé sur lui-même.

Le premier n’avait qu’à confirmer l’avantage qu’il avait pris lors du précédent débat. Il se sentait porté par sa remontée dans les sondages alors que le second avait, à l’inverse, à faire oublier un échec et à reprendre la main avant de définitivement devenir le probable perdant du 6 novembre. C’est ce qui se lisait sur leurs visages mais, plus l’horloge tournait, plus Mitt Romney perdait son sourire tandis que celui de Barack Obama, de plus en plus moqueur, de plus en plus amusé, s’élargissait car, oui, ce débat fut le sien.

A Denver, le candidat républicain avait réussi à se recentrer, à ne plus être aussi radicalement, extrêmement à droite qu’il avait du se montrer tout au long des primaires pour écarter des rivaux plus conservateurs que lui. A Denver, le candidat républicain était apparu pour ce qu’il est d’ailleurs, très libéral en économie mais ouvert aux compromis et très éloigné des courants les plus réactionnaires de son parti. C’est ce qui avait désarçonné le président sortant mais, hier, Mitt Romney s’est enfermé dans la logique de l’homme d’argent qu’il est avant tout.

L’indépendance énergétique des Etats-Unis, non, ce n’était pas les énergies nouvelles et les efforts de réduction de la consommation, mais les forages en Alaska et le long des côtes. La recréation d’emplois américains, ce n’était que réduire les impôts des entreprises pour les inciter à investir aux Etats-Unis plutôt qu’à l’étranger. Ce qu’on entendait, c’était que mieux l’argent se porterait et moins il y aurait de règles imposées au marché, plus le chômage se réduirait et, face à cet adversaire si pleinement néolibéral, Barack Obama était parfaitement à l’aise en défenseur des classes moyennes et des PME, pourfendant, au nom de l’équité et du bien commun, la logique du profit le plus grand et le plus rapide.

C’était l’intellectuel contre le financier, l’Etat arbitre contre les lois du marché, et toute la question est de savoir à qui l’Amérique voudra faire le plus confiance maintenant que Georges Bush et le krach de Wall Street ne sont plus là pour la faire pencher à gauche. Barack Obama a repris la main mais la question reste ouverte.

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