La bataille de Mossoul vient de débuter.

Combattant Peshmerga sur la ligne de front à 13 km de Mossoul
Combattant Peshmerga sur la ligne de front à 13 km de Mossoul © Getty / Pacific Press

Par Anthony Bellanger.

C'est vrai qu’à regarder les dates, c'est assez stupéfiant. Mossoul a été conquise par l'organisation Etat islamique le 10 juin 2014. A l'époque quelques 30 000 soldats irakiens s'était piteusement rendu à des militants surexcités par leur incroyable succès.

C'est important d'avoir en tête ces faits, parce que la 1ère réponse à la question que je pose ce matin : pourquoi avoir tant attendu, se trouve précisément dans ces simples faits. Pour le gouvernement irakien, Mossoul c'est d'abord une humiliation.

Une armée entière défaite par quelques milliers – ou plutôt quelques centaines à l'époque – de djihadistes en pick-up : peut-on imaginer pire. Donc avant même de penser à libérer Mossoul, il fallait s'assurer que pareille humiliation ne se reproduirait pas.

Or je rappelle qu'en envahissant le pays en 2003, les Américains et leurs alliés chiites, ont systématiquement détruit tout ce qui faisait la puissance du régime de Saddam Hussein : l'armée, les services secrets, la haute administration. C'est à dire l'Etat.

Pour mettre quoi à la place : une armée et une haute administration chiites. Or, on l'a bien vu à Mossoul, mais aussi à Fallujah, Ramadi (une ville aux portes de Bagdad), il faut beaucoup plus d'une décennie pour refonder une armée et une légitimité.

En plus, il se trouve que Mossoul est une ville à majorité sunnite...

Exactement et c'est le 2ème point de réponse à notre question de ce matin : pourquoi libérer rapidement une ville qui s'est jetée avec soulagement dans les bras de l'Etat islamique ? Autrement dit, à la déconfiture de l'armée, il faut ajouter le ressentiment.

Mossoul a toujours été célèbre en Irak parce qu'elle donnait au régime bassiste ses meilleurs éléments – militaires ou civils. Après l'invasion américaine, elle est restée célèbre parce qu'elle donnait aux insurgés ses meilleurs éléments militaires ou civils.

Mettez-vous à la place d'un jeune régime chiite comme celui de Bagdad qui, entre autres problèmes d'un pays détruit, doit se coltiner l'opposition sourde d'une partie importante de sa population, sunnite, appuyé par des groupes terroristes.

Vous pouvez libérer rapidement Mossoul la rebelle, Mossoul la sunnite, Mossoul l'arrogante OU l'affaiblir en la laissant s'enfoncer dans l'incurie administrative et les délires islamistes – sunnites – de Daech, vous faites quoi ? Eh bien, vous attendez un peu.

Rassurez-nous, il y a aussi de bonnes raisons d'avoir attendu plus de 2 ans ?

Oui, il a aussi de bonnes raisons tactiques pour avoir attendu si longtemps. D'abord, la date et l'heure de la bataille, c'est souvent le futur vainqueur qui les choisi. On se battra quand je le voudrai, où je le voudrai, pour des raisons qui me concernent. C'est la base !

Ensuite, il y a la vertu militaire et psychologique de l'attente. L'armée irakienne a tout à gagner à attendre : plus de préparations, plus d'hommes bien formés, plus de matériels venant des Etats-Unis et surtout une pression psychologique constante sur Daech. Une chose est de conquérir avec des drapeaux noirs et des 4x4 la seconde ville du pays, Mossoul, une autre bien différente est d'être dans la position dans laquelle était l'armée irakienne il y a 3 ans : malaimée, loin de ses bases, épuisée par la guerre.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.