Theresa May a rendez-vous mercredi soir avec les 27 autres pays européens, en principe pour conclure un accord de sortie du Royaume Uni de l'Union européenne. Mais il n'y a pas d'accord sur la table, car Londres refuse un compromis sur la question de la frontière entre les deux Irlande. Alors "Hard Brexit" ?

Theresa May esquisse quelques pas de danse avant de prononcer un discours à la Conférence du Parti Conservateur à Birmingham, le 3 octobre 2018.
Theresa May esquisse quelques pas de danse avant de prononcer un discours à la Conférence du Parti Conservateur à Birmingham, le 3 octobre 2018. © AFP / Oli SCARFF / AFP

Retenez bien ce mot : backstop ! Vous l’entendrez beaucoup dans les jours et les semaines qui viennent, car c’est la clé du succès, ou de l’échec, de la négociation de la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne.

Backstop est intraduisible en français, ou alors comme « filet de sécurité », ce qui n’est pas plus explicite. Backstop est le système imaginé par Bruxelles pour éviter d’ériger une nouvelle frontière entre les deux Irlande, une fois que le Royaume Uni aura quitté l’UE, le 29 mars prochain. Dans les faits, l’Irlande du Nord resterait pendant un temps dans l’Union douanière européenne, mais pas le reste du Royaume ; et les contrôles douaniers seraient largement dématérialisés, en amont.

C’est le cauchemar de la première ministre britannique Theresa May, car si elle accepte la proposition du négociateur européen Michel Barnier, sa coalition avec les unionistes irlandais menace de voler en éclat, et son gouvernement d’imploser avec le départ des partisans du Brexit « dur », c'est-à-dire sans aucun accord !

Ce soir, Theresa May se rend à Bruxelles pour rencontrer les 27 autres dirigeants européens, au dernier jour théorique de la période prévue pour conclure l’accord de sortie de l’Union. Mais il n’y a pas d’accord sur la table, car les Britanniques sont trop divisés pour accepter la proposition européenne sur le dernier point qui coince, cette question de la frontière entre les deux Irlande.

Nous sommes dans la dramaturgie habituelle des grandes négociations européennes, et Theresa May obtiendra sans doute un délai supplémentaire pour revenir vers les 27. La menace de rupture peut l’aider à convaincre son gouvernement d’accepter un compromis, mais cet espoir est bien mince.

Le risque de rupture est réel : le « hard Brexit » que souhaitent une partie des intégristes brexiteurs à Londres est bel et bien une possibilité, avec ses conséquences monumentales sur les échanges commerciaux, l’approvisionnement, les flux financiers.

Dans la tourmente, Theresa May a assurément du mérite. Son propre camp est en plein chaos, divisé en factions qui complotent désormais sans se cacher. Et elle a survécu à la tête du gouvernement plus longtemps qu’on le lui prédisait, malgré ce climat.

Ce qui frappe, néanmoins, c’est le décalage entre le climat politique à Londres, qui frise la crise de nerfs permanente, et la relative indifférence dans laquelle les opinions publiques des 27 suivent ça.

Depuis le référendum de 2016, le Royaume uni vit en fait sur une autre planète, déjà déconnectée mentalement du reste de l’Europe - disons plus déconnectée qu’avant. Le pays consacre une énergie considérable à ne pas se mettre d’accord sur la mise en œuvre d’une décision que personne n’avait anticipée et ne veut réellement assumer.

Paradoxalement, les Européens, qui ont été initialement sonnés par le vote des Britanniques, ont eu comme un réflexe de survie, et se sont mis d’accord pour protéger les intérêts de ceux qui ont choisi de rester. Depuis, ils ont montré une cohésion remarquable, et, avouons-le, inhabituelle. C’est paradoxal, mais c’est tout de même, dans ce climat de crise, une bonne nouvelle. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.