Le premier ministre britannique tente d'obtenir un accord de dernière minute avant le sommet européen qui s'ouvre aujourd'hui à Bruxelles. Mais il a déjà la tête dans les élections générales qu'il espère bien remporter dans le foulée, après avoir mis fin à trois ans de tergiversations.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d’un débat le 14 octobre 2019 à la Chambre des Communes, à Londres.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d’un débat le 14 octobre 2019 à la Chambre des Communes, à Londres. © AFP / JESSICA TAYLOR / AFP / UK PARLIAMENT

Boris Johnson semble en passe de gagner son pari, au prix de sérieuses contorsions. Le premier ministre britannique est d’abord et avant tout un animal politique. C’est comme tel qu’il a mené sa campagne du Brexit, pour tenter d’aboutir, dans les meilleures traditions européennes, à un accord de 24ème heure avec Michel Barnier, le négociateur bruxellois. 

Il reste encore à conclure, à le faire approuver par les 27 chefs d’État et de gouvernement, et, plus difficile encore, à le faire voter aux Communes où la séparation douanière de fait entre l’Irlande du nord et la Grande Bretagne fera grincer des dents ; mais on semble plus près que jamais de la sortie du Royaume de l’Union, avec toute la prudence nécessaire tant que l’accord n’a pas été signé et surtout voté.

Pour en arriver là, Boris Johnson aura maltraité son Parti conservateur en excluant certains de ses élus qui lui avaient tenu tête ; bousculé les institutions britanniques au point de prendre un désaveu cinglant de la Cour suprême ; et forcé la main des unionistes nord-irlandais grâce auxquels son parti gouvernait depuis deux ans.

Mais peu importe, pour Boris Johnson, la fin justifie les moyens ; et la fin, ce n’est pas le Brexit, c’est le pouvoir.

Boris Johnson n’est pas un idéologue

Il a certes toujours été un pourfendeur de l’Union européenne, comme s’en souviennent tous ceux qui comme moi l’ont côtoyé lorsqu’il était journaliste à Bruxelles dans les années 80 … 

Mais il vantait en même temps les vertus du marché unique, et il n’était pas acquis qu’il soit du côté du Brexit. Il a rejoint le camp de la sortie de l’Union lors du référendum de 2016, par flair et une bonne dose d’opportunisme. Et il en est devenu l’une des figures de proue.

Son calcul actuel ? Mettre fin à trois ans de tergiversations qui ont épuisé le Royaume. Les Britanniques seront tellement soulagés qu’ils lui en seront reconnaissants, quel que soit le contenu de l’accord préférable à une sortie sans accord. Et avec cette victoire, même ambigüe, il ira devant les électeurs.

Peut-il remporter des élections générales ? 

C’est son pari, et il n’est pas insensé. Boris Johnson a plusieurs atouts, et quelques handicaps.

Son atout numéro un, outre le fait d’avoir « livré » le Brexit et donc rempli le mandat du référendum, c’est son principal opposant, Jeremy Corbyn. Toutes les études d’opinion montrent que le leader travailliste souffre d’un déficit de crédibilité : trop à gauche, trop flou sur le Brexit, plombé par l’antisémitisme au sein de son parti… 

Les travaillistes auraient dû avoir un boulevard vers le pouvoir en trois ans de spectacle politique pitoyable ; la présence de Corbyn et les atermoiements du Parti sur l’Europe l’en ont empêché. Face à un Johnson triomphant, Corbyn aura beaucoup de mal à s’imposer.

Boris Johnson veut ces élections pour ouvrir ce qu’il espère bien être un long règne personnel. Mais il devrait se méfier, car son principal ennemi, c’est lui-même, l’ivresse du succès et une absence de principes peuvent aussi devenir les ingrédients de la défaite.

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