C’est comme si le monde se cherchait. Samedi prochain, Tony Blair, Gerhard Schröder et Jacques Chirac, les dirigeants des trois plus grandes puissances européennes, se retrouvent à Berlin. Samedi dernier, c’était les Etats-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et la Russie, les membres permanents du Conseil de sécurité, qui conféraient à Genève. Jeudi, les gouvernements allemand et français siègent, ensemble, à Berlin. Dimanche, c’est le Premier ministre espagnol qui sera reçu, à Londres, par Tony Blair. La semaine prochaine, enfin, tous les grands de ce monde se retrouvent, à New York, pour l’Assemblée générale de l’Onu durant laquelle Georges Bush s’entretiendra avec Jacques Chirac et Gerhard Schröder. Le moins qu’on puisse dire est qu’on se parle mais, si cela ne peut pas faire de mal, il n’est pas sûr que ces consultations tous azimuts permettent de beaucoup avancer. Sur l’Irak, il y a peu d’espoir que le sommet des trois grands européens, samedi, rapprochent plus les points de vue que la réunion du Conseil de sécurité, samedi dernier. Sur ce dossier, l’Europe et le monde restent divisés en deux camps, ceux qui ne veulent, comme les Etats-Unis, qu’élargir la coalition qui a pris en charge l’Irak et ceux qui souhaitent, France en tête, que la souveraineté de ce pays soit rétablie sans délai. Entre ces deux camps, il y a dialogue mais, jusqu’à présent, dialogue de sourds et c’est donc sur deux autres sujets que s’étendront, à Berlin, les trois Européens. Ils y affirmeront, d’abord, leur identité de vues sur le projet de Constitution européenne qu’aucun d’entre eux ne veut laisser détricoter par ceux des petits pays qui ne veulent pas d’un Président de l’Union, l’incarnant sur la scène internationale. Sur ce sujet, Londres, Paris et Berlin font front mais les trois capitales auront beaucoup plus de mal à s’entendre sur la défense européenne que Paris et Berlin veulent autonome tandis que Londres ne l’envisage pas autrement qu’intégrée à l’Otan. Peut-être fera-t-on, là, quelques amorces de progrès. Les diplomates y travaillent. Les trois capitales le souhaitent mais elles ne sont, en même temps, pas si pressées que cela d’aboutir de peur que les vingt-deux autres membres de l’Union ne s’inquiètent de l’apparition d’un directorat européen dont aucun ne veut. Il faut ménager les susceptibilités, celle de l’Espagne au premier chef, et c’est pour cela que Tony Blair reçoit, dimanche, José Maria Aznar qui n’admet pas, comme il dit, d’être à la table des enfants. Crise irakienne ou pas, l’Europe doit aller vite mais pas trop, être conduite mais en douceur et c’est à ce même problème que se heurteront, jeudi, Français et Allemands. Ensemble, ils veulent proposer à l’Europe un plan de relance volontariste, des investissements européens dans la croissance et l’avenir. L’Italie est d’accord, beaucoup d’autres pays le sont, mais il ne faut pas, surtout pas, que Paris et Berlin paraissent prendre les commandes car ce serait le plus sûr moyen de braquer le reste de l’Union. Peut-être comprendra-t-on, un jour, que cette Europe dont le monde a tant besoin ne peut pas être gouvernée par ses Etats, qu’elle doit l’être par une majorité politique élue par ses électeurs.

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