Il a vu rouge. Après que les ministres des Finances de la zone euro eurent critiqué, vendredi, le manque « d’ambitions » de la France dans la réduction de son déficit budgétaire, Nicolas Sarkozy a, aussitôt, tiré à vue. Une rafale contre le Président de l’eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker : « Quelle initiative a-t-il prise ? Sur le capitalisme financier, c’est Angela Merkel et moi qui menons le débat ». Une double rafale contre Jean-Claude Trichet, le Président de la Banque centrale européenne : « J’ai trouvé curieux d’injecter des liquidités sans baisser les taux ». L’une et l’autre de ces ripostes étaient à la fois fondées et injustes mais leur seul résultat a été que l’affaire a tourné à la bagarre de cour d’école. Communiqués, déclarations indignées ou perfidies sucrées, nos partenaires de la monnaie unique ont fondu comme un seul homme sur le Président de la République qui se retrouve bien seul au cœur de l’Union alors même que la France doit en prendre la présidence au second semestre de l’année prochaine. Etait-ce bien utile ? Pas vraiment car, plutôt que de perdre du temps en polémiques secondaires, Nicolas Sarkozy aurait bien plutôt pu élever le niveau de la discussion – reconnaître que nous sommes hors des rails de la monnaie unique mais rappeler en même temps, que nous dépensons beaucoup plus pour la Défense que la plupart de nos partenaires, qu’il faudrait en tenir compte et qu’une période de croissance faible, surtout, appelle des investissements et non pas des restrictions budgétaires. Il aurait pu dire, en un mot, et à raison, premièrement que la réalité économique a des exigences que l’orthodoxie monétaire ignore ; deuxièmement, que nous n’avons que trop tardé à jeter les bases d’une politique économique commune de la zone euro qui seule permettrait d’aller vers une réaffirmation industrielle de l’Europe et d’organiser un dialogue entre la Banque centrale et les ministres des Finances, de respecter l’indépendance de la BCE tout en lui donnant un contrepoids. C’est là une idée que Nicolas Sarkozy avait défendue pendant sa campagne, qu’il partage avec la gauche et à laquelle il tient plus que jamais. C’était l’occasion de relancer cette idée de gouvernement économique de l’Europe mais, faute d’avoir avancé des propositions concrètes pour lui donner corps, le Président de la République n’était pas en situation d’affirmer une cohérence. Dans un monde devenu interdépendant, et pas seulement en Europe, la politique demande de se fixer des priorités, de s’y tenir et de n’avancer qu’après avoir préparé le terrain et mobilisé des alliés, nombreux, en l’occurrence, à gauche et dans beaucoup des capitales européennes. La bagarre de ce week-end s’oubliera mais un chef d’Etat ne peut sans danger être sur tous les fronts à la fois, réagissant à tout et dans l’instant.

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