Au pouvoir depuis un an, la coalition qui dirigeait l’Ukraine a éclaté hier. Ce pourrait n’être qu’un épisode de politique intérieure, un énième rebondissement de la rivalité qui n’a cessé d’opposer, depuis la Révolution orange, les deux figures du camp pro-occidental,Viktor Iouchtchenko, le président, et son Premier ministre, Mme Timochenko, mais non, pas du tout. Derrière ce nouveau moment de leur conflit personnel, il y a maintenant un vrai débat, d’importance internationale, sur la question des relations entre l’Ukraine et la Russie. Dès les premières heures de la crise géorgienne, Viktor Iouchtchenko s’était clairement rangé aux côtés de cet autre pays sorti de l’Union soviétique. Avec les dirigeants baltes et polonais, il s’était aussitôt rendu à Tbilissi pour apporter son soutien au président géorgien, Mikhaïl Saakachvili. Il avait ensuite réitéré son désir de faire entrer l’Ukraine dans l’Otan. Il avait même tenté d’apporter des restrictions aux mouvements de la flotte militaire russe qui mouille en Ukraine, dans le port de Sébastopol, sur la presque île de Crimée, alors que Ioulia Timochenko observait, elle, un silence des plus tonitruants. Sa réserve était si claire, ce silence voulait tellement dire qu’elle ne souhaitait pas, pour sa part, faire monter les tensions entre l’Ukraine et la Russie, que l’entourage présidentiel l’accuse maintenant de « haute trahison ». Aux yeux du président ukrainien, son Premier ministre aurait tout simplement passé un pacte avec Moscou, derrière son dos. Il n’y a pas de preuves. On les connaîtrait s’il y en avait mais, au-delà de ces grands mots, oui, Ioulia Timochenko, l’égérie de la Révolution orange, joue la carte du compromis avec Moscou et il y a de vraies raisons à cela. La crise géorgienne a montré que les Etats-Unis n’étaient nullement prêts à imposer, par les armes, l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’Otan. L’Ukraine dépend du gaz et du pétrole russes, du prix auquel ils lui sont livrés. Une moitié du pays, l’Ukraine orientale, russophone et russophile, ne veut pas entendre parler d’une entrée dans l’Otan. Dans un bras de fer avec Moscou, l’Ukraine pourrait bien plonger dans la guerre civile et se briser en deux et puis il y a, surtout, la question de la Crimée. La Russie, aucun doute là-dessus, n’acceptera jamais de se priver de la base navale qu’elle y entretient depuis les Tsars car elle est son seul accès aux mers chaudes. Si l’Ukraine entrait dans l’Otan, la Russie reconnaîtrait immédiatement l’indépendance que la Crimée ne manquerait pas alors de proclamer car son économie dépend de la base russe, que sa population est très majoritairement russe et que cette presqu'île était russe jusqu’à ce que Khrouchtchev en fasse cadeau, en 1954, à l’Ukraine parce qu’il voulait s’assurer l’appui des dirigeants ukrainiens au sein de la direction soviétique et que ce geste n’avait aucune conséquence stratégique à l’époque de l’URSS. Tout pousse l’Ukraine à trouver un modus vivendi avec la Russie, à ne pas entrer dans l’Otan, et c’est ce que Mme Timochenko a compris – sans pacte ni haute trahison.

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