Tout commence il y a une semaine, jeudi dernier. Ce jour-là, Dmitri Medvedev, le président russe, publie sur le journal en ligne Gazeta.ru une critique de l’état de son pays comme aucun opposant n’en a jamais faite. A le lire, l’économie y est « primitive », la démocratie « faible », le Caucase « instable ». La crise économique mondiale a montré, écrit-il, que « les choses ne vont franchement pas très bien » dans une Russie qui n’a pas réussi,à « se débarrasser d’une dépendance humiliante à l’égard des matières premières » et qui demeure « arriérée » et « corrompue ». « Cela prouve, conclue-t-il, que nous n’avons pas fait tout le nécessaire dans les années passées » On ne saurait mieux dire. Tout cela est parfaitement juste. La Russie est bien celle que décrit, là, Dmitri Medvedev mais, à le lire, on en oublierait presque qu’il la préside depuis le printemps 2008 et que son prédécesseur, Vladimir Poutine, l’homme qui l’avait mis en place parce que la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat consécutif, avait auparavant dirigé le pays pendant huit ans. Ce que Dmitri Medvedev dénonce dans cet article, c’est la politique menée par Vladimir Poutine, aujourd’hui devenu son Premier ministre, et la réponse ne se fait pas attendre. Devant un parterre de spécialistes étrangers de la Russie, Vladimir Poutine assure dès le lendemain, vendredi, qu’il n’y aura pas de concurrence entre Medvedev et lui à la présidentielle de 2012 puisqu’il n’y en avait pas eu en 2008 et que nous nous mettrons d’accord car nous sommes, dit-il, du même sang et sur la même longueur d’onde ». En clair, Poutine décidera en 2012 comme il l’avait fait en 2008. Il est le patron et se présentera dans deux ans et demi mais, mardi, Dmitri Medvedev repart à l’assaut. Venu répondre aux questions du même parterre de russologues, il commence par se démarquer de Vladimir Poutine sur l’Iran en expliquant que les sanctions sont, certes « peu efficaces » mais « parfois inévitables », dénonce à nouveau la corruption et lance : « Il y a encore peu, je n’envisageais pas de me présenter à une présidentielle mais tel est le destin. C’est pourquoi je n’anticipe rien pour moi-même mais n’exclus rien non plus ». Autrement dit, je n’aurais aucune raison de ne pas me représenter et le destin décidera. On appellera cela les mystères de Moscou mais, plutôt que de céder aux délices surannés de la kremlinologie, tenons-nous en aux faits. Si Vladimir Poutine n’avait pas fait modifier la Constitution pour se représenter en 2008, c’est tout simplement qu’il ne détenait pas seul le pouvoir mais l’exerçait au nom d’un groupe dirigeant composé de plusieurs courants et qui ne voulait pas le laisser devenir président à vie. Après avoir cherché un successeur venu, comme lui, des forces de sécurité, il avait dû accepter le candidat des jeunes générations du groupe dirigeant, Dmitri Medvedev, qui plaident pour l’instauration rapide d’un Etat de droit. Il y avait eu bataille en 2008 et elle repart de plus belle, ouvrant avec deux et demi d’avance, la prochaine campagne présidentielle.

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