Ce n’était qu’une messe bien sûr. Ce n’était qu’un rituel et une prière, une exhortation à la paix à moins d’une heure de voiture de la Syrie martyre, mais il y avait pourtant une vraie force dans ce rassemblement, hier, à Beyrouth, de quelques 350 000 personnes autour du pape qui concluait là ses trois jours de visite au Liban.

Chrétiennes et musulmanes, toutes les religions de ce pays mosaïque étaient représentées, y compris les chiites du Hezbollah, y compris donc un mouvement allié de l’Iran qui appelle à manifester cette semaine contre les Etats-Unis. Personne n’aurait même songé à snober Benoit XVI car tous les Libanais avaient apprécié qu’il vienne à eux dans un moment si terrible pour cette région et ne reporte pas sa visite malgré les manifestations provoquées dans tout le monde arabe par ce misérable film sur Mahomet.

Par sa seule présence, ce pape a su créer un instant de fraternité, de respect mutuel et de dignité qui contrastait totalement et salutairement non seulement avec le drame syrien mais également avec ces journées d’hystérie. Il y avait, d’un côté, ces quelques centaines de fanatiques qui se lançaient à l’assaut des représentations des Etats-Unis et, de l’autre, ce rassemblement œcuménique et fraternel. Il y avait, d’un côté, une presse occidentale qui oubliait trop souvent de souligner que les fanatiques n’avaient entraîné que bien peu de gens dans leur sillage et, de l’autre, un pape qui a tout simplement ignoré cette haine et cette violence pour s’adresser à tous les Libanais et, à travers eux, tout le Moyen-Orient et leur parler de paix, de coexistence et de justice.

« Puisse Dieu concéder à votre pays, à la Syrie et au Moyen-Orient tout entier le don de la paix des cœurs, le silence des armes et l’arrêt de toute violence », leur a-t-il dit. « J’en appelle aux pays arabes, a-t-il poursuivi, afin qu’en frères, ils proposent des solutions viables respectant la dignité de chaque personne, ses droits et sa religion ». « Servir la paix et la justice dans un monde où la violence ne cesse d’étendre son cortège de mort et de destruction est une urgence », a-t-il encore lancé avant de remercier personnellement les dirigeants musulmans qui avaient assisté à cette messe car « votre présence, leur a-t-il dit, a contribué au succès de ce voyage ».

Le pape est reparti. Sa venue n’a bien sûr ni ramené la paix ni arrêté l’exode des chrétiens mais il faudrait ne pas savoir ce qu’est le pouvoir des mots et du témoignage pour penser qu’il ne s’est rien passé d’important durant ces trois jours. Chrétiennes et musulmanes, les religions étaient au coude-à-coude dans une région où la défiance les divise quand elles ne les déchire pas. Le Liban a montré là qu’il ne voulait pas que la Syrie l’entraîne dans une nouvelle guerre civile. Chrétiens et musulmans, surtout, ont su se rassembler autour d’un homme de foi qui leur a dit à tous que « le fondamentalisme était toujours une falsification de la religion » et les affectait toutes « sans discernement ».

Ce pape avait souvent gaffé sur l’arène internationale mais, trois jours durant, chacun de ses gestes et de ses mots fut d’une parfaite justesse, empreint de ce tact dont l’islam et la chrétienté auraient, chaque jour, tant besoin.

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